« La poussière des morts » de Cécile Cabanac : les souffrances des vivants

La poussière des morts est un polar déroutant : derrière son titre choc et son apparence de thriller presque fantastique et potentiellement horrifique, Cécile Cabanac nous offre en fait un puzzle complexe qui exigera du spectateur une certaine patience pour en découvrir la profondeur.

Cecile Cabanac - Photo Thibault Stipal
Photo : Thibault Stipal

La poussière des morts commence mal. Très mal, même. La première scène (ou presque) est un copie complète d’une célèbre scène-choc du film Se7en , ce surprend de la part d’une autrice de thrillers, dont on peine à croire qu’elle ne connaîtrait pas le chef d’oeuvre de David Fincher. Et puis, même si le polar n’est pas forcément le domaine dans lequel s’épanouissent de grands stylistes de la littérature, l’écriture lourde, inutilement complexe, de Cécile Cabanac nous « embarque » difficilement. La lecture des cinquante premières pages s’avère presque pénible, au point que le lecteur impatient ressent plusieurs fois l’envie d’en rester là. Ce serait pourtant dommage.

La poussière des mortsCar, peu à peu, Cabanac, en dépit de son style littéraire qui ne nous convient pas vraiment (mais c’est sans doute là une question de goût personnel) érige une construction étrange, réellement originale. Osant entremêler de courts chapitres se concentrant sur des personnages différents, dont on peine longtemps à comprendre ce qui les lie, mais se déployant sur des chronologies différentes, la Poussière des morts prend peu à peu la forme d’un puzzle à la fois déroutant et passionnant. On connaît – pour une fois – le point d’arrivée des trajectoires de plusieurs personnages, mais on ne réussit pas à imaginer ce qui a pu les amener là.

C’est là le travail d’enquête que mène un couple de policiers assez atypiques par rapport aux codes du polar contemporain : ils sont tous deux englués dans des problèmes familiaux ordinaires (la belle-mère envahissante, le divorce avec un mari qui ne verse pas régulièrement la pension, etc.) et échappent aux trop habituels tourments du flic alcoolique, drogué ou psychologiquement « chargé ». Quant à l’enquête, elle consiste en une multiplication de démarches simples, frustrantes, donnant peu de résultats, sans l’aide de révélations, de coups de théâtre ou d’intuitions visionnaires qui feraient avancer les policiers plus vite dans leur compréhension de l’enchaînement des faits qui les ont amenés à ce corps supplicié retrouvé dans une maison abandonnée.

La Poussière des morts s’avère, jusqu’à une conclusion qui sait éviter élégamment les poncifs habituels du genre (pas d’affrontement final, pas de déferlement horrifique ou gore, pas de sous-texte fantastique, etc.), un polar/thriller contemporain, très sombre dans sa réflexion sur la cruauté de la vie et de ses désillusions, sur les dérives des sectes et ce qui peut amener leurs victimes à s’y soumettre, sur les conséquences d’une éducation trop radicale, sur la souffrance de ne pas être aimé(e) comme on ne voudrait. Cabanac mise sur la multiplicité des thèmes qu’elle traite, et sur une intrigue complexe, « à tiroirs », pour révéler non pas une, mais des vérités qui, finalement, s’avèrent plus « triviales » que fantastiques… ce qui est clairement un « plus ». Bien sûr, la densité de l’histoire, les détours narratifs qui leur sont imposés décourageront peut-être des lecteurs aimant leurs polars plus tendus, plus tranchants. Pourtant, en privilégiant une belle « incarnation » de ses personnages, flics comme criminels, bourreaux comme victimes, Cabanac joue la carte de la vérité humaine. Et remporte la mise.

Eric Debarnot

La poussière des morts
Roman français de Cécile Cabanac
Editeur : Michel Lafon
408 pages – 20,95 €
Date de parution : 16 octobre 2025

 

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