Avec ce roman-enquête, Olivia Elkaim rend hommage à Georges Perec, en remontant le temps pour retrouver la trace de la mère de l’écrivain, figure absente et fondatrice ui et éclaire une œuvre hantée par la disparition.

Dans ce roman, Olivia Elkaim mène une enquête. Non pas pour retrouver ce « e » mystérieusement disparu, mais pour remonter une autre piste : celle qui la conduit à la mère de Perec. Qui était cette Cécile, cette femme qui, en novembre 1941, confie son fils Georges à la Croix-Rouge dans un convoi quittant Paris pour rejoindre Grenoble, en zone libre ? Un geste d’un courage immense pour cette veuve juive polonaise, qui accepte de se séparer de son enfant afin de le soustraire au danger qui menace alors les Juifs en France.
L’enfant regarde la silhouette de sa mère s’éloigner sur le quai numéro 11 de la gare de Lyon. Il ne connaît rien de l’Histoire en marche, ni de son intérêt supérieur. Il la regarde qui le laisse, sans savoir le cri d’épouvante qu’elle retient.
L’enfant se sent abandonné. Un creux se forme au milieu de son ventre, une douleur qui s’amplifie et qui n’est pas la faim. Mais il fait semblant que tout va bien. Il agite longtemps la main pour dire au revoir, bien après le tunnel, quand il ne distingue plus les rails qui convergent vers la gare.
Et cette mère, soudain, c’est moi, moi, Cécile Perec, et cet enfant petit, d’à peine cinq ans, qui a peur du noir et des dragons, c’est le mien.
Olivia Elkaim signe ici un récit-enquête d’une grande habileté. Elle y mêle sa propre expérience — elle est mère d’un enfant du même âge que Georges à l’époque des faits — à une plongée dans l’œuvre de Perec pour interroger la place qu’y occupe la figure maternelle.
D’un chapitre à l’autre, le livre traverse les époques : avant la naissance de Georges, après, puis durant ses années d’écrivain jusqu’à sa disparition. Une traversée des décennies qui permet d’approcher, sinon de reconstituer, la vie de cette femme restée dans l’ombre.
Au fil des 43 chapitres, comme autant de fragments de la vie de Perec, on voit grandir Georges, devenir adulte, et l’on comprend combien son œuvre est hantée par l’absence de sa mère, notamment dans W ou le souvenir d’enfance (Denoël, 1975).
Porté par une écriture à la fois délicate et sensible, ce roman en forme de jeux de miroirs où l’autrice joue habilement avec le temps, touche par sa densité et sa justesse. Un récit où il est question de de transmission, d’abandon et de disparition, qui donne envie, une fois refermé, de se replonger dans l’œuvre de Georges Perec.
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Benoit RICHARD
