[Live Review] Great Lake Swimmers et Romy Liz Rose au Supersonic Records : une séduction intacte

Tony Dekker et ses Great Lake Swimmers passaient au Supersonic Records devant un public déjà conquis par leur rock pastoral. Une belle soirée, malgré un set trop court.

GLS Supersonic Records 03r

Les Great Lake Swimmers nous ont fait un peu peur. Sur la première version de leur tournée européenne, la France avait disparu. Heureusement, une date parisienne a finalement été ajoutée, au Supersonic Records, une salle qui leur convient bien après la Boule Noire lors de la précédente tournée. L’attente était d’autant plus forte que leur dernier album, Caught Light, confirme leur excellente forme. Véritable institution au Canada, le groupe se rapproche disque après disque d’une reconnaissance plus large que celle qui l’accompagne depuis ses débuts, il y a plus de vingt ans. À l’époque, les deux premiers albums, sortis chez Fargo, montraient un Dekker seul aux commandes, dans un registre dépouillé qui pouvait faire penser à Jason Molina. Aujourd’hui, il apporte davantage de lumière à ses compositions folk rock, et se montre aussi beaucoup plus chaleureux sur scène. Tout annonçait donc une soirée agréable, dans une salle presque pleine.

Romy Liz Rose au Supersonic Records 01rEn première partie, à 20h30, arrive Romy Liz Rose, jeune Néerlandaise de 30 ans (Romy Laathoven à la ville), qui a sorti cette année un joli premier album, I Am June, entre dream pop et indie folk, quelque part entre Soccer Mommy et Snail Mail. Le terrain est encombré, mais elle a de vrais atouts : des compositions agréables et de très beaux arrangements. On pourra lui reprocher une certaine uniformité, mais l’ensemble reste prometteur. Ce soir, loin des huit musiciens présents sur l’album, elle se produit en duo avec le guitariste Thuur Onrust, elle à l’acoustique, lui à l’électrique. La formule fonctionne très bien, notamment grâce au jeu sobre de Thuur et à sa belle palette d’effets, précieuse notamment sur le morceau final, I Am June. Sans lui, il manquerait clairement quelque chose. Pour son premier concert en France, Romy semble surprise par le calme du public parisien, très différent de celui qu’elle connaît aux Pays-Bas. Elle évoque avec humour la « Dutch Disease », cette habitude qu’a le public néerlandais de parler très fort pendant les concerts. Le phénomène est connu depuis qu’Alex Turner a interrompu un concert des Arctic Monkeys pour demander à certains spectateurs de se taire. Quoi qu’il en soit, la performance est convaincante, avec une mention spéciale pour Sounds of an Early Morning.

GLS Supersonic Records 01rÀ 21h20, les Great Lake Swimmers entrent en scène. Un horaire tardif qui aura ses conséquences. Dekker est accompagné de Marshall Bureau à la batterie et de Colleen Brown à la guitare électrique, à la basse et aux claviers. Bureau était déjà là lors des précédentes tournées ; Brown, elle, collabore avec Dekker depuis plus de dix ans. Elle a son propre groupe, Major Love, et accompagne souvent les Great Lake Swimmers sans en être membre officiel. Discrète sur scène, elle impressionne pourtant par l’étendue de ses talents.

Sur Still, Bureau est à la basse, Brown aux claviers, et Dekker à l’harmonica : l’ambiance devient immédiatement intime. La suite se concentre sur le dernier album, que Dekker s’amuse à jouer presque dans l’ordre. One More Dance Around the Sun, l’un des morceaux les plus connus, est repris à trois voix avec un public qui semble bien le connaître et l’apprécier. Bureau est alors passé à la batterie. Pas de surprise ce soir : le groupe reste dans un folk rock classique, aérien et très facile à aimer. Dekker explique aussi le sens de Caught Light, chanson sur la désorientation née du souvenir d’un parachutiste ayant atterri par erreur dans le jardin de ses parents. Sur Youth Not Wasted et Changing Colors, Colleen Brown brille au piano, tandis que Endless Detours confirme son statut de meilleur titre du disque. Il n’y a aucun gras dans cette musique, pas de solo de guitare, juste trois musiciens qui s’entendent parfaitement, et peuvent bénéficier de compositions souvent mémorisables dès la première écoute.

GLS Supersonic Records 02rDekker n’oublie pas Your Rocky Spine, leur morceau le plus célèbre, revenu tardivement en grâce sur les réseaux sociaux plus de quinze ans après sa sortie, ce qui semble beaucoup l’amuser. Le titre reste irrésistible, ode à la beauté du monde, entre lacs, glaciers et donc pics montagneux, porté par une intro à la mandoline qui rappelle le jeu de Peter Buck avec R.E.M.

Surprenant, ce Dekker qui a tant changé dans son rapport au public. Auparavant plutôt mal dans sa peau, il est devenu souriant et détendu, il tente même de nous faire chanter sur Pulling On a Line, un vrai défi, en ce qui me concerne, malgré des paroles simples (« I’m just pulling on a line, on a line / But sometimes it pulls on me »). C’est parfait : au bout de trois fois, on l’a en tête pour le reste de la soirée ! Puis vient un superbe A Distant Star, avant que le groupe ne quitte la scène à 22h25, sans le rappel pourtant prévu sur la setlist, Tony Dekker invoquant le couvre-feu. Très bien, et nous savons qu’en effet il doit être respecté strictement, mais dans ce cas il fallait commencer plus tôt. Au final, les Great Lake Swimmers n’auront joué que douze titres ce soir, contre dix-huit sur les autres dates de la tournée. L’écart est important : pas de morceaux en solo, rien des deux premiers albums. De quoi laisser un léger goût d’inachevé.

Une belle soirée, malgré ce petit coup de gueule final.

Romy Liz Rose :
Great Lake Swimmers :

Texte et photos : Laurent FEGLY

Great Lake Swimmers et Romy Liz Rose au Supersonic Records
Production : Fargo Mafia
Date : le mardi 12 mai 2026

Leurs derniers disques:

Caught LightGreat Lake Swimmers Caught Light
Label : Pheromone Recordings
Date de sortie : 10 octobre 2025

 

 

 

 

 

I am JuneRomy Liz RoseI Am June
Label: Excelsior Recordings
Date de sortie :13 mars 2026

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