« True Crimes en Do mineur » de Brice Miclet : Musique et faits divers

Dans True Crimes en Do mineur, Brice Miclet entremêle deux genres : la chronique musicale et le true crime pour raconter les destins tragiques de musiciens parfois méconnus, sans jamais verser ni dans la complaisance ni dans l’hagiographie. Érudit, mais didactique et accessible.

© Brice Miclet

Ils sont vingt, vingt musiciens à la renommée très variable. Venus de genres très divers (rap, glam rock, musique classique, rock psychédélique, soul, etc.), ils partagent tous un point commun : un destin funeste et une rencontre prématurée, parfois violente, avec la mort.

On le sait, l’histoire de la musique – et en particulier celle de la musique moderne – est riche de trajectoires éclair et de destins funestes. On a tous en tête les noms de musiciens célèbres qui ont défrayé les chroniques judiciaires. On pense notamment à Phil Spector, le célèbre producteur du Let It Be des Beatles, condamné pour meurtre en 2009. D’autres se souviennent certainement du rappeur Tupac Shakur, assassiné en 1996. Deux noms évoqués par Brice Miclet dans l’avant-propos de son recueil de chroniques, True Crimes en Do mineur.

Le journaliste sait bien qu’avec ce livre il s’aventure dans un registre déjà maintes fois arpenté. Son ambition n’est donc pas de revenir sur ces célèbres affaires commentées dans d’innombrables articles ou ouvrages biographiques. Le projet de Brice Miclet est à la fois plus modeste et plus original. Les vingt chroniques qui composent son passionnant recueil sont toutes brèves (5 ou 6 pages), et chacune d’elles est consacrée à une histoire méconnue et/ou encore largement mystérieuse des années après les faits. Si certains des musiciens évoqués sont célèbres (Marvin Gaye, Jerry Lee Lewis), les circonstances de leur mort le sont nettement moins.

Mais, et c’est l’un des grands intérêts du livre, la plupart des artistes mentionnés ici sont peu voire pas connus. Avez-vous déjà entendu parler de Chalino Sánchez, star mexicaine des narcocorridos ? Connaissez-vous Anton Webern, compositeur autrichien, élève de Schönberg, le père du dodécaphonisme ? Et le rappeur suédois Einár, son nom vous dit quelque chose ?

On l’aura compris, Brice Miclet privilégie ici des « petites histoires », mais toutes liées à la grande. En effet, le journaliste ne se contente pas de nous raconter la fin tragique de tel ou tel artiste. Il parvient au contraire, avec précision et concision, à resituer ces musiciens dans l’histoire de leur genre de prédilection et à nous expliquer l’apport qu’ils ont pu représenter. Ainsi, en refermant le livre, on en sait un peu plus sur Sam Cooke ou sur le producteur Joe Meek (pour ne citer que ces deux là).

Bref, si les anecdotes qui entourent la disparition de ces musiciens sont passionnantes, ce sont surtout les explications du journaliste musical qui intéressent davantage. On y décèle alors toute l’érudition de Brice Miclet qui passe d’un genre à un autre avec une aisance qui lui permet d’être didactique et accessible.

True Crimes en do mineur s’impose donc comme un recueil très réussi, dans lequel on peut picorer un peu au hasard. Une certitude toutefois : quand on a lu une ou deux chroniques, on a rapidement envie de lire toutes les autres. Et s’il prenait l’envie à Brice Miclet d’écrire un deuxième volume, on sait déjà qu’on sera au rendez-vous.

Grégory Seyer

True Crimes en Do mineur
Un livre de Brice Miclet
Editeur : Le Mot et le Reste
176 pages – 18 €
Date de parution : le 20 février 2026

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