Si le premier long métrage horrifique de Curry Barker manque de rythme et a quelques défauts d’écriture, Obsession donne malgré tout envie de suivre son réalisateur grâce à ses qualités comiques… et à l’actrice Inde Navarette, véritable révélation ici.

Avant que Blumhouse ne coproduise son premier long métrage Obsession, Curry Barker s’était construit une réputation sur la toile au travers de son duo comique avec Cooper Tomlinson et de leur chaîne YouTube that’s a bad idea. La chaîne a aussi abrité d’autres projets que les sketches comiques du duo. Par exemple The Chair, dans lequel la découverte d’une chaise antique perturbait la vie de couple du personnage principal.
Sorti la même année que le premier long métrage de Zack Cregger Barbare, The Chair partageait avec lui l’art de faire basculer des situations dans le grotesque. Faisant surgir l’étrange du quotidien le plus ordinaire, il offrait même sur la fin un peu de comédie noire surréaliste à la Twin Peaks. La chaîne contient aussi le moyen métrage Milk & Serial. Un film en found footage tourné pour 800$ publié faute de trouver un distributeur. Un film dont le succès viral en 2024 servit de tremplin à Barker.
Derrière le concept d’Obsession, il y a l’ombre d’Aladin et du classique littéraire britannique La Patte de Singe, dans laquelle une patte de singe a le pouvoir d’exaucer des voeux non sans conséquences tragiques pour ceux qui s’en servent. Le jeune introverti Bear (Michael Johnston) met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours Nikki (Inde Navarette), qui ne voit en lui qu’un ami, tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale.
Un garçon timide qui a voulu obtenir un consentement de manière « magique » voit son rêve se retourner contre lui. De son côté, Nikki illustre le concept de relation toxique. Elle n’inquiète pas au départ son partenaire là où les amis de ce dernier sont plus vite sceptiques. Bear ne commence vraiment à avoir peur que lorsque le récit est bien avancé. L’alternance entre moments « inquiétants » (avec une Nikki possédée par le voeu) et moments de normalité (dans lesquels l’ancienne Nikki ressurgit) reflète un élément bien établi des relations toxiques, celui où le partenaire s’excuse après coup.
Sauf que cette envie d’illustrer un fait de société implique que le film ne sera pas flippant la majorité du temps. On peut également trouver caricaturale la léthargie du personnage de Bear. Surtout, le film est sur la fin victime du syndrome Inception : avoir posé des règles pour mieux les modifier en cours de route lorsque le film a besoin d’avancer. Les twists à toute vitesse du final donnent une (fausse) impression de dénouement narrativement embrouillé. Une manière d’achever son film constituant déjà un travers des courts de Barker.
On pourrait ajouter que certaines limites des courts/moyens métrages de Barker (manque de rythme et d’ambition visuelle) passent un peu moins sur format long. Obsession a cependant une qualité déjà vue chez Barker : le talent pour faire basculer les situations dans la farce. L’autre atout du film, c’est l’interprétation d’Inde Navarette, épousant bien les variations d’humeur de Nikki.
Les promesses des travaux YouTube de Barker ne sont pas totalement tenues mais, rien que son talent pour la comédie macabre, on attendra la suite avec curiosité. Tandis qu’on espérera voir Navarette ailleurs que dans le registre horrifique.
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Ordell Robbie
