Nouveau titre de la collection Styx – collection dédiée à la littérature horrifique -, Massacre au camp de vacances est un pur slasher cruel et gore, qui réjouira les amateurs du genre. Il n’est pas certain en revanche qu’il parvienne à convaincre les autres…

Ces dernières années, on a vu fleurir dans la presse un concept souvent honni des adeptes du cinéma d’horreur : le « elevated horror ». L’expression désigne des récits horrifiques considérés comme plus sérieux, plus intelligents que les autres, car abordant des thèmes profonds et complexes… Mais tous ceux qui connaissent vraiment le genre horrifique vous le diront : ce concept est plus que discutable. Il s’agit d’une étiquette qui cherche avant tout à légitimer certaines œuvres, tout en dénigrant simultanément des pans entiers de la production horrifique. Ce qui est certain, c’est que la jeune collection Styx des éditions Fleuve a brillé avec ses trois premiers titres publiés depuis l’automne 2025 : trois romans proposant des approches variées de l’horreur, trois romans d’une grand richesse et d’une grande modernité (on ne peut que renvoyer nos lecteurs à nos critiques de ces livres, chaudement recommandés ici même). Avec leur quatrième parution, le bien nommé Massacre au camp de vacances de Joey Comeau, la collection prend cependant le risque de surprendre en proposant un roman qui, en apparence, n’a rien d’autre à offrir que son titre programmatique.

Martin, onze ans, vit seul avec sa mère Elisabeth, une maquilleuse qui cherche à percer dans le cinéma, et plus précisément dans le cinéma d’horreur, car elle adore concevoir des maquillages capables de simuler les pires blessures. Un été, Elisabeth se voit offrir la possibilité de participer au tournage d’une série B d’épouvante à Toronto. N’ayant personne pour garder Martin, elle doit se résoudre à l’envoyer quinze jours dans un camp de vacances biblique. Arrivé sur place, le jeune garçon est d’abord intimidé, mais il ne tarde pas à se lier à un groupe de filles, et à tomber amoureux de l’une d’elles. Puis les meurtres commencent. Un à un, les adolescents et leurs moniteurs sont massacrés par un tueur fou.
On le voit, Massacre au camp de vacances s’inscrit pleinement dans un genre mille fois exploré au cinéma, pour le meilleur comme pour le pire. Ce qui étonne dans le roman du Canadien Joey Comeau, c’est l’absence de complexes. Le romancier accumule les scènes d’une incroyable violence, son texte est gore, sans concession et ne cherche jamais à expliquer quoi que ce soit. Pourquoi le tueur – très vite identifié – massacre-t-il avec une telle jouissance ces adolescents ? On ne le saura jamais. Joey Commeau refuse toute approche psychologique, rejette à l’évidence ce concept d’elevated horror pour revenir à l’essentiel : l’horreur. En ce sens, Massacre au camp de vacances est à rapprocher de la saga Terrifier du cinéaste Damien Leone, sans sa dimension surnaturelle. Le tueur du roman de Comeau n’est ni un clown, ni un être doté de pouvoirs. C’est un homme, mais un homme qui ne semble connaître que la cruauté et le sadisme.
Cette approche brutale et frontale rebutera probablement certains lecteurs et, malgré la fluidité du récit, on pourra en effet reconnaître que le roman a recours à certaines facilités qui l’empêchent de transcender son sujet. Pour autant, Massacre au camp de vacances possède une autre dimension qui se révèle dès le départ et que Comeau va développer avec une certaine originalité. Les premiers chapitres, ceux qui précèdent l’arrivée de Martin dans le camp, sont consacrés pour l’essentiel à la relation qui unit Elisabeth et son fils. Martin est un enfant réservé, timide, qui est réveillé la nuit par d’étranges cauchemars. Mais c’est aussi un fils prévenant, qui prend soin de sa mère dont il a perçu la grande fragilité psychologique. A son arrivée à Toronto, Elisabeth commence à écrire des lettres, de plus en plus étranges, qu’elle adresse à Martin. Ces courriers sont intercalés au milieu du déferlement de violence qui s’abat sur le camp. Et même si ces lettres mystérieuses jouent avec la passion de Martin et sa mère pour l’épouvante et le mystère, elles sont surtout révélatrices de l’amour qui unit les deux personnages. Ainsi, alors que la succession de meurtres prend une tournure quasi automatique, l’intérêt du lecteur se déplace vers cet échange épistolaire d’où surgit une tendresse émouvante.
Massacre au camp de vacances est donc l’équivalent d’une série B à l’ancienne, voire d’une série Z. Modeste et sans prétention, le roman recèle néanmoins une certaine profondeur qui ne se révélera qu’aux lecteurs qui auront accepté les litres d’hémoglobine malicieusement déversés par Joey Comeau.
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Grégory Seyer
