Jean-Christophe Rufin expédie son consul gaffeur sur l’île de Sainte-Hélène pour une enquête aussi brumeuse que les falaises de Longwood. Un nouvel épisode savoureux des aventures d’Aurel, où les fantômes de l’Empire croisent des originaux insulaires.

Le concierge, pardon le consul qui gère l’enclave française de Longwood a disparu. Spécialisé dans les affectations de courtes durées et plus réputé pour sa capacité à résoudre des enquêtes qu’à exercer ses fonctions protocolaires, Aurel, la patate chaude du quai d’Orsay, est envoyé sur place. Juste le temps de glisser des chaussettes orphelines et quelques autres frusques dépareillées dans la valise diplomatique. Le consul intérimaire n’a même pas le temps de se procurer un des 300 bouquins écrits par Jean Tulard sur l’époque napoléonienne pour se documenter. Pourtant, ils colonisent les boîtes à livres.
Sur place, notre diplomate, jamais invité aux soirées Ferrero des ambassadeurs, découvre que si l’île ne constitue pas le meilleur souvenir de vacances de l’empereur, pourtant en pension complète avec buffet à volonté, son souvenir suffit à perturber les autorités locales et le pluvier de Sainte-Hélène, seul piaf endémique à supporter le climat local et la bouffe britannique.
Les Falaises abruptes et noires, les vents alizées qui font s’envoler les bicornes, la pluie au jet et le peu de traces visibles du passage de Bonaparte ne découragent pas les nostalgiques de l’Empire. Côté plages et paillotes, ce n’est pas l’île d’Elbe mais les férus d’histoire qui se déguisent en Maréchaux ou les Grenadiers à rouflaquettes ,débarquent à Sainte-Hélène à chaque commémoration. Pendant que certains refoulés du tennis enfilent leurs tenues de padel pour l’after brunch, les reconstitueurs revêtent l’uniforme à épaulettes et cherchent à redonner vie au passé. Il y moins noble comme activité mais j’ai un peu de mal avec le côté déguisement et les soirées costumées.
Aurel, aidé par un universitaire et d’une jeune thésarde, va se rendre compte que le consul disparu n’avait pas que des supporters sur cette île peuplée d’originaux plus ou moins lunatiques. Il va devoir faire preuve d’un peu de diplomatie pour ne pas risquer une nouvelle Bérézina.
Septième épisode des aventures d’Aurel et je ne me lasse pas de ce personnage lunaire mais opiniâtre, paresseux mais allergique à l’injustice, épouvantail sans vie sentimentale qui carbure au vin blanc, car Jean-Christophe Rufin parvient à renouveler la construction de ses intrigues. En affectant à chaque tome son consul dans un pays différent, il évite la partie de Cluedo, la resucée scénaristique dans laquelle il n’y a souvent que le nom du coupable et l’arme du crime qui changent. En bon Tour Operator, il glisse quelques spécialités et coutumes locales dans l’histoire et le lecteur découvre des pays qui ne risquent pas le surtourisme. C’est « Voyage en terre inconnue » sans la musique larmoyante et la tartine de moraline contre l’ethnocentrisme.
Une série distrayante, sans prétention, qui peut se lire dans le désordre, pendant un exil, la main dans le gilet.
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Olivier de Bouty
