« Espoir », de Djaïli Amadou Amal : l’enfance de l’autrice au Cameroun

Entre ravissements et désillusions, l’enfance de Djaïli Amadou Amal oscille entre plusieurs sentiments. Dans « Espoir », elle fait émerger ses souvenirs d’enfance jusqu’à ses treize ans, avec de nombreuses injonctions contradictoires qui brident un peu l’enfant curieuse qu’elle était. Le livre est un très beau récit autobiographique qui restitue des instants de vie, avec le ton sans détour qui caractérise la romancière.

Djaili Amadou Amal
© Amas Flash

Djaïli Amadou Amal décrit son enfance dans ce récit autobiographique. Une enfance au Cameroun qui prend racine entre deux cultures avec d’un côté celle de sa mère égyptienne et de l’autre celle de son père camerounais et peul. Deux cultures qui ne fonctionnent pas de la même manière et ce récit retranscrit bien les difficultés que la jeune Amal a rencontrées. Ce sentiment de ne jamais être à sa place que soit dans la langue des uns ou celle des autres. Que ce soit dans les coutumes des uns ou celles des autres. Elle relève avec précision les sentiments qui l’ont traversé lorsqu’elle était petite et qu’elle cherchait pourtant à comprendre tout cela. Car le lecteur découvre vite qu’enfant, Amal n’a pas langue dans sa poche et n’hésite pas à poser des questions à son entourage lorsqu’elle ne comprend pas des réactions. De ses trois ans à ses treize ans, elle questionne la vie de ses proches et lève parfois le voile sur des sujets tabous dans la famille.

espoirUne famille qui a eu une place centrale dans sa construction notamment avec des personnes comme sa tante peule Goggo Nanna ou sa grand-mère paternelle Ayya. On file d’une anecdote à une autre dans des chapitres courts et avec la plume économe de l’autrice qui choisit toujours aussi bien ses mots. Rien n’est laissé au hasard pour nous donner à voir les sentiments de son enfance, qui ont participé à sa construction.

On suit donc tout au long de ce récit le tiraillement que peut ressentir la romancière durant sa jeunesse entre la langue arabe et peule, entre la culture égyptienne et camerounaise. Ce récit autobiographique est aussi une façon pour elle, et c’est une constante dans son œuvre, de mettre en évidence le poids des traditions et dans quelles mesures cela enclave des trajectoires de vie. Comme lorsqu’il est question du mariage forcé par exemple, un thème déjà croisé dans ses fictions précédentes. L’écriture de l’autrice est sans fioritures et il se dégage une vraie authenticité, derrière les souvenirs d’enfance qu’elle convoque. Certains passages retranscrivent des évènements difficiles comme lorsque le regard d’enfant d’Amal se retrouve face au monde violent des adultes.

Djaïli Amadou Amal n’a pas son pareil pour donner une voix aux marginaux que ce soit dans ses fictions ou dans ses textes plus autobiographiques, et notamment une voix aux femmes qui ont grandi autour d’elle et qui ont pour plusieurs d’entre elles subi, de par leur condition. Espoir est un récit sensible qui dresse le portrait d’une enfant curieuse, marquée par des restrictions liées à l’environnement dans lequel elle grandit. Une famille élargie qui est à la fois toute une richesse et en même qui pose des difficultés à plus d’une reprise à la jeune Amal, avide d’apprendre des choses et surtout, qui s’apprête à découvrir les joies de la lecture.

Sébastien PALEY

Espoir
Un roman de Djaïli Amadou Amal
Éditeur : Éditions Emmanuelle Collas
180 pages – 21,90 euros
Date de parution : 20 mars 2026

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