[Interview] Ghinzu : « c’est la marque noire… »

Avant la sortie de leur nouvel album, W.O.W.A., rompant un très long silence, il nous fallait absolument rencontrer John Stargasm, pour comprendre où était passé Ghinzu pendant tout ce temps et d’où sortait ce disque !

Ghinzu 01
D.R.

Benzine : John, on a une question, avant tout : pourquoi ce nouvel album maintenant ? Pourquoi avoir attendu tant d’années ?

John Stargasm : Il y a un moment donné où il y a une évidence : on étudie, on parcourt, on recherche, on explore. Et puis les choses sont telles que tout ce temps passé à enregistrer, à gauche, à droite, on le partage, c’est une impulsion, c’est spontané. Ça s’aligne, si tu veux…

Benzine : Pendant tout ce temps passé, est-ce que le groupe a été inactif, à un moment ?

JS : Inspirer, expirer. Tu as des phases de grande richesse créative, d’autres où il faut se reposer, décanter. On n’a pas bossé tous les jours, non, mais ça toujours été là, cette ponctuation de créer et de remodeler. Et puis les morceaux devaient prendre du sens, en live. Mais non, le groupe ne s’est jamais arrêté. L’idée de ne pas devoir avoir une échéance dans la création, ça nous intéressait ! Avec l’émergence du DIY, on est très sensibles à la musique elle-même, au type de sons, on fait aussi de la musique qui puisse concerner les musiciens. On ne voulait pas faire un album, mais faire de la musique, jusqu’au moment où on serait totalement à l’aise de la partager.

Je crois que la musique comme on la considère, ça doit être périlleux, dangereux. Il y a une urgence dans la manière de la jouer, mais quelque part, il n’y a pas de soumission. Ne pas avoir d’échéance, ne pas avoir de format – passer d’un morceau au piano à un morceau punk… Il faut quelque chose d’indomptable.

Benzine : Quand on pense à Ghinzu, on pense presque systématiquement aux prestations scéniques intenses…

JS : Disons que c’est la musique qu’on fait, elle doit passer par une certaine intensité. On est qui on est. Si la musique n’est pas habitée, elle n’a pas de sens. Enfin, je parle pour nous, ce n’est pas une règle universelle. Même l’album, il n’a une raison d’être que parce qu’il existe sur scène. Et quand on parle de quelque chose de périlleux, eh bien chaque concert de Ghinzu, on se demande si c’est pas le dernier… Il y a des accidents, l’idée d’un environnement où tout n’est pas maîtrisé nous plait.

Sur cet album « fait en 12 ans », il y a plein de morceaux qui sont venus du travail sur scène. Le Out of Control d’il y a 6 ans, ce n’est pas le même que celui d’aujourd’hui. ça a voyagé entre des studios, des choses faites à la maison ou dans différents autres endroits, et des choses faites sur scène.

Benzine : W.O.W.A. (When Other Words Await), le titre de l’album, parle d’autres mondes, c’est quoi ?

JS : Si tu veux, cet album parle d’expériences vécues. Il a plusieurs compartiments. When Other Words Await, c’est sur quelqu’un qui veut émerger. Peut-être dans un cadre professionnel, amoureux, c’est le champ des possibles. Ce morceau, c’est l’idée qu’on est embrigadé dans une vie, mais il y a toujours d’autres choses que tu peux vivre : sur une feuille blanche, tu peux écrire. T’as le feu, t’as le mojo, et n’oublie pas qu’il y a beaucoup de mondes qui sont là et qui t’attendent.

Aujourd’hui, le monde est fortement dans l’anxiété d’un déclin : quel est le nouveau sens de la musique ? les nouvelles générations font autrement. La chanson dit qu’il y a d’autres choses qui nous attendent, sans doute meilleures.

Benzine : C’est beau d’avoir un titre optimiste à une époque aussi angoissée…

JS : Oui, mais la musique c’est ça, une infinité de possibilités. Je ne sais pas si c’est de l’optimisme, mais il y a d’autres choses auxquelles il faut s’abandonner.

Benzine : Justement, à ce sujet, vous étiez là, mais quand même vous revenez en ce moment, dans un paysage musical qui a changé, avec beaucoup de choses passionnantes… Qu’est-ce que vous pensez que votre rôle est, aujourd’hui ?

JS : Je pense que le meilleur service que nous pouvons nous rendre à nous-mêmes et aux autres, c’est de rester fidèles à nous-mêmes. On est très mauvais quand il faut calculer, planifier. Il y a tellement d’autres facteurs qui transforment la musique, que ce soit dans la manière de l’incarner ou de la promouvoir, que notre objectif est de rester fidèles à nos émotions. De faire un bonne musique, de rester les gardiens du feu. On n’est pas bons à faire d’autres styles, même si on est déjà assez éclectiques. On a envie de composer convenablement, de jouer convenablement, de se laisser aller tout en gardant notre boussole.

Quant au rôle à jouer, si on fait déjà ça, c’est pas mal, non ? Après, la musique Rock est singulière, c’est la musique de mes 18 ans, c’est la marque noire à l’intérieur. On peut aller chercher des émotions et de l’énergie dans plein de musiques différentes, mais ce moment où on éclot en quittant ses parents, en étant en bande, en piquant une bagnole pour aller voir un concert à Cologne [rires], cette exaltation de la découverte, il y a une musique qui va avec. Et ça, c’est inoubliable…

Benzine : En tous cas, vous étiez sacrément attendus, il y a une vraie ferveur. On n’aurait pas dit qu’il y avait une telle inscription dans la mémoire collective, en France…

JS : Je réfléchis en même temps que toi… Est-ce que c’est pas cette histoire qu’on a touché des gens quelque part où ça reste ? C’est finalement notre ambition, de marquer. On ne ne cherche pas le succès à tout prix, mais quand il est là, c’est galvanisant. Je le constate comme toi, mais je sais pas très bien quoi dire. On a partagé des choses avec les gens, on n’a pas fait semblant…

Benzine : Une question un peu différente : si vous collaboriez dans le futur avec quelqu’un, de vivant ou de mort, ce serait qui ?

JS : Eh bien, c’est toujours pas mal d’avoir Jimi Hendrix dans ton « band ». Ça aide ! Déjà, scéniquement ça a de la gueule, un petit bandeau sur le front, tu lui demandes de faire un petit truc de guitare, alors pourquoi pas ? Et même la photo de presse, ça peut être cool aussi… Why not ? En tout cas, un bon musicien, et quelqu’un que j’admire. Il y a beaucoup d’opportunisme dans ces histoires de collaboration qui dénaturent le propos, mais j’adore le geste. C’est un beau geste !

Propos recueillis par Eric Debarnot

WOWAGhinzu – W.O.W.A
Label : Play It Again Sam
Date de parution : 29 mai 2026

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