[Live Review] PiL et Rendez Vous au Trianon (Paris) : pas la dernière tournée !

John Lydon était de passage en ville pour rappeler, même sans actualité discographique, l’importance de PiL dans le paysage musical contemporain. Et nous gratifier de son personnage exubérant et imprévisible. Alors, comment ça va, John, en 2026 ?

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PIL au Trianon – Photo : Robert Gil

Ce soir, le marathon de concerts habituel du mois de juin débute, et de la meilleure des manières sans doute. Ce soir, John Lydon est en ville ! Il y a de la concurrence en face, avec par exemple Penny Arcade et EggS en double affiche, Deportivo ou encore Franky Gogo, dans d’autres registres et d’autres salles parisiennes, et alors que We Love Green se prépare à ouvrir dans une météo maussade comme toujours, nous nous dirigeons donc vers le Trianon ce jeudi soir.  Que dire qui n’ait jamais été dit sur le bonhomme ? Sans doute rien, alors n’essayons même pas. Enfin, si, quand même, sur un problème de fond : on avoue n’avoir pas suivi tous ses zig-zags politiques, et ses déclarations d’admiration nonsensiques pour Trump ou Farage ces dernières années, mais l’animal ne nous a pas semblé franchir les lignes rouges — de notre point de vue — comme un certain Morrissey. Va pour sponsoriser Lydon donc, même si l’on n’avoue n’avoir pas vérifié toutes ses déclarations publiques une par une. En tout cas, on est conscients que cela fait longtemps que celui qui prônait l’anarchie en est revenu.

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A l’arrivée dans le plantureux ancien théâtre du boulevard de Rochechouart, un stand merchandising va à l’essentiel : t-shirts à 40 balles, tote-bags pas donnés, et aucun disque. Bref : faut faire de la marge ! Pas sûr que ce soit encore très punk, mais c’est ainsi. Pas très punk non plus, l’annonce relayée par salle et producteur depuis quinze jours, d’un concert tôt, et donc, d’une première partie également plus tôt que d’habitude. Du groupe français Rendez Vous (oui, sans le tiret, sans doute pour ne pas poser problème à l’international), je ne connais rien. Pourtant, sa plus de centaine de milliers de streams mensuels sur Spotify atteste d’un niveau de notoriété déjà significatif. On nous a vaguement parlé de cold wave à la française. Sur scène, montés dès 19h15, c’est une autre histoire qui va se jouer, lors de ce set de 45 mn, sans doute un peu plus long que prévu. Dans une salle déjà bien remplie malgré l’horaire inhabituel pour un soir de semaine, le groupe, composé de Francis Mallari, Elliot Berthault, Maxime Gendre et Simon Dubourg, propose un feu d’artifices de genres : ça part dans tous les sens. A notre arrivée, le quatuor est lancé dans du hardcore, puis balaye un territoire qui passe par l’emocore, le grunge, le punk pur, la cold wave enfin (Indochine n’est pas très loin, ce qui, pour moi, n’est pas un compliment). Le tout en jouant à fond les ballons, les potards dans le rouge, en enchaînant sans respiration ni échange avec le public, comme étourdi par sa propre volonté de caser le plus de morceaux possible.

Rendez vous Trianon Robert Gil 02Cela se comprend, et j’ai pu voir cela récemment avec Westside Cowboy, en première partie de Geese, avec une différence toutefois majeure : la proposition artistique de Westside Cowboy était cohérente du début à la fin. Pour celle de Rendez Vous ce soir, j’ai rarement vu une proposition stylistiquement aussi incohérente. L’honnêteté intellectuelle m’oblige à préciser que cela n’est pas totalement désagréable, et même convaincant dans certains registres, en premier lieu le grunge, proche du canal historique Pixies / Breeders, et sur lavant-dernièreDistance, pour le coup essai cold wave réussi, malgré le caractère proche du pastiche de Joy Division. C’est aussi le morceau sur lequel la voix du chanteur est la plus convaincante, auparavant plus hésitante et sans aspérités notables. Ses répétitions de « The Distance » dans le texte pas très fourni renvoie à du Joy Division passé à la moulinette de… Cake ! Mais il s’agit d’un effort quasi final enlevé, efficace et carré, salué comme tel par le public du Trianon, et qui a le mérite de nous rapprocher un peu plus de l’univers de la tête d’affiche du soir. Et de nous donner envie de réécouter à tête reposée Rendez Vous chez soi.

Le set de première partie ayant été sans doute un peu plus long que prévu, PiL entre enfin en scène à 20h30, quinze minutes plus tard que l’horaire officiel martelé auparavant par les organisateurs. Pour cette tournée, vaguement intitulée This Is Not The Last Tour, PiL n’a pas d’actualité particulière, sa dernière actualité discographique remontant au très bon album de 2023 (End of World), honoré d’un passage, déjà, au Trianon. L’objectif est donc clairement de « relever les compteurs » et de sustenter les fans, ce qui explique sans doute que le concert ne soit pas complet, avec un millier de personnes présentes ce soir, soit trois quarts de la jauge du Trianon.

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Dès le départ, tous les regards sont bien sûr braqués sur Lydon, qui, on le sait, ballade un physique marqué par un embonpoint singulier depuis des années, sous une très ample chemise — non, cette indication n’est pas « grossophobe », elle est factuelle et inévitable compte tenu de l’impact que cela a sur le spectacle proposé. Le chanteur bouge en effet très peu, collé la majorité du show à un pupitre sur lequel figurent les paroles des chansons, ce qui, à défaut d’être là non plus très punk, a le mérite de la transparence sur la nécessité des anti-sèches. De temps en temps, le leader insubmersible de PiL fera quelques pas de danse, mais le mouvement viendra généralement d’ailleurs, en partie du guitariste au physique rigolo, façon Professeur Nimbus, Lu Edmonds.  Depuis quarante ans, parenthèse d’arrêt incluse, de présence dans le groupe, il est finalement le vrai pilier de son PiL,  alternant guitare et saz, selon les morceaux, nous rappelant qu’on lui doit l’intégration originale de cet instrument anatolien dans cet univers post punk.  Ce soir, le groupe est composé également du plus discret bassiste, Scott Firth, un autre « ancien », et pour compléter ce line-up plutôt stable ces dernières années, un batteur engagé l’an passé (pour remplacer le fidèle Bruce Smith), Mark Roberts, avec sa chemise bariolée, qui va marteler ses fûts durant tout le show avec une joie communicative, et en donnant le sentiment de vivre sa meilleure vie. Cela fait plaisir à voir.

Dès l’attaque, avec Home, le son est parfait, comme toujours au Trianon, et valide aussi la qualité du travail de l’ingénieur du son, ainsi que la cohérence du groupe, qui va dévaler 1h40 d’un set impeccable. La setlist proposée pioche dans les différentes périodes de PiL, tout en présentant une grande cohérence de façade : pas évident a priori avec un répertoire post punk, mais aussi allant sur les terrains de la dance façon Madchester, du dub mais aussi de la pop indie « classique ».  Quelques classiques étourdissent franchement, comme la version extatique de l’inévitable This is Not a Love Song, avec un changement de guitare en plein milieu, jouée en quatrième position. Death Disco, plus dub et même funk sur les bords, est dantesque, hérissée par le chant plus syncopé que jamais de Lydon, et fait monter la tension. Pour Corporate, qui suit, le chanteur tombe enfin la veste, et un peu le masque, se déridant gentiment à la fin de la chanson, pour saluer l’anniversaire du bassiste, ainsi que d’un acolyte backstage : « Tous les deux sont frères et ont 78 ans », dit-il, théâtral et inquiétant, au troisième degré, de sa voix étrange, croassante, pas du cohérente avec le message jovial. Une de ces blagues un peu décalées qui rendent le personnage d’autant plus amusant, voire attachant.

Le show repart alors de plus belle avec Flowers Of Romance, aux rythmes orientaux et presque tribaux, sur laquelle Edmonds se déchaîne en jouant de la guitare à l’archet. Excellent, et Lydon nous gratifie au passage d’un bon crachat bien punk circa 1977, ainsi que d’un autre commentaire sans doute au troisième degré — « ça venait d’Amérique Latine, bande de chanceux ! » — dont on ne sait pas bien s’il s’appliquait ironiquement à la chanson ou au crachat. Warrior qui suit est tout bonnement excellente, agitant bien le public du Trianon, et confirme la montée en puissance sur cette deuxième partie de concert. Alors, après la chanson, Lydon, toujours imprévisible, se lance dans des remontrances envers des fans aux premiers rangs, leur reprochant d’exhiber des CDs et livres à faire signer : « Enjoy the f****** show and f*** you ! » La série de jurons dans le même registre sémantique se poursuit alors dans la déclinaison de Shoom, troisième et dernier extrait (avec Know Now et Corporate) de What The World Needs Now… (2015), deuxième des trois albums depuis la réactivation du groupe en 2009 par Lyon. Une impeccable version post-moderne de cold wave, inquiétante, tordue et néanmoins mélodique à souhait, précis de dance détraquée qui confirmait la pertinence artistique de relancer PiL. Et se termine par un énorme « F*** off ! ». Place alors, pour clôturer 1h15 de set, à Open Up, une cover de Leftfield, dans un territoire rempli de boucles et d’électronique, assez dub et convaincante. Que dire ? Le maître des lieux est très directif : « Et maintenant trois minutes de break ! Faites ce que vous voulez, moi je vais fumer une cigarette, une Marl-bo-ro, je répète : trois minutes de break ! »

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Après plutôt cinq minutes de pause et discussion dans une salle aux lumières rallumées, place au « rappel » si l’on peut dire. Tous les soirs, c’est le même, comme la set-list dans son intégralité : ça aussi, ce n’est pas très punk. Mais tout le monde s’en fiche, puisque l’objectif reste de passer une bonne soirée rock avec John Lydon. Et jusqu’ici, c’est réussi. Le bouquet final, spécial oldies, se compose du « super classique » Public Image, qui met le feu à la fosse, puis de Rise, deuxième extrait d’Album (1986), imparable avec les chœurs : « I could be right / I could be wrong / I could be black / I could be white… » Superbe !

PIL Trianon Robert Gil 05Lydon, à présent requinqué par le tabac et plus détendu, et son groupe vont alors nous gratifier d’un long medley final, composé de deux extraits du premier album éponyme de 1978 (Annalisa et Attack), et de la longue plage alanguie et noisy de Chant (sur Second Edition, deuxième album de 1979), montrant différentes facettes du son du groupe et nous rappelant la justesse de PiL, dès cette naissance sur les décombres des Sex Pistols. Et le leader de PiL de profiter des développements de Chant pour présenter les musiciens à sa façon, de manière peu académique, moitié sympathique moitié ironique, à la fois détaché et heureux. Occasion pour Edmonds de nous gratifier d’un ultime solo de guitare amusé pour clôturer sur une note amusée et un triomphe ce concert bien agréable après 1h40 de gros son.

Car oui, en 2026, même sans actualité créative, on espère bien que ce n’est pas « la dernière tournée » de PiL et de John Lydon, 70 ans et toutes ses dents.

Rendez Vous –
PiL

Jérôme Barbarossa
Photos : Robert Gil

Public Image Limited (PiL) au Trianon (Paris)
Production : Persona Grata
Date : le samedi 4 juin 2026

Leurs derniers albums :

DowncastRendez VousDowncast
Label : Artefact / Wedge
Date de publication : 24 mai 2024

 

 

 

 

 

End of WorldPublic Image Limited (PiL)End Of World
Label : PiL Official
Date de publication : 11 août 2023

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