Alors que la canicule s’abat sur nos têtes, quoi de mieux que de la traverser avec une bande son elle-même issue des terres brulantes australiennes ? Pond et son psyché rock enchanteur nous reviennent pour nous aider à nous acclimater au mieux. Et cela marche parfaitement.

Pond et nous, c’est une histoire qui dure maintenant depuis plus de quinze ans. Pour les plus férus, cela a même débuté en 2009, en catimini alors à l’époque de My Space quand leurs morceaux ne circulaient qu’en cassettes et en MP3 très mal ripés. On découvrait alors un groupe de gamins issus de Perth en Australie de l’ouest, une ville et une région qu’il nous était été bien difficile de placer sur une carte. En parallèle, se préparait à déferler sur nos têtes un tout autre phénomène australien, celui-ci porté alors par le timide Kevin Parker. La relation ? Pond compte alors en son sein trois des membres de Tame Impala, soit Nick Allbrook, Jay Watson et Joe Ryan, ce dernier officiant en tant que roadie. La smala Parker s’apprêtait alors à envahir nos platines avec nombre d’autres side-projects de ses nombreux autres membres, permettant à l’Australie de briller à nouveau sur la scène rock internationale…
En attendant, Pond, constitué également de Jamie Terry et James Ireland, se lance dans un rock aux brumes psychédéliques, avec ce qu’il faut d’influences space rock et glam, nos amis ayant usé jusqu’à la moelle les disques de leurs parents. Les années 70 semblent alors être leur première référence, et la fraîcheur que ces vingtenaires d’alors apportent transforme des morceaux tels Psychedelic Mango Vision, Don’t Look at the Sun or You’ll Go Blind ou Betty Davis (Will Come Down from the Heavens to Save Us) en mini hymnes à la gloire de la musique et des bières (et autres) entre potes au soleil. Un groupe que l’on osa qualifier à l’époque de « Cool Raoul » et qui se bâtit progressivement une solide réputation live grâce à des sets bien barrés.
Depuis lors, malgré le tsunami Tame Impala, Pond a continué de forger à son rythme sa réputation d’électron libre. Toujours mené par le charismatique Nick Allbrook, entre elf blond et pile électrique, Pond nous a offert onze albums, et s’est fait connaitre chez nous grâce à la quasi parfaite trilogie Hobo Rocket, Man, It Fells Like Space Again et The Weather. C’est à ce moment-là que nous les retrouvions régulièrement sur scène en France et parmi les invités de nos meilleurs festivals d’été. Le groupe a alors traversé une phase beaucoup plus pop (pour ne pas dire mainstream), sous l’influence du gourou Parker, qui reste dans l’ombre de la formation mais qui est aux commandes dans les studios. Tasmania, 9 et le précédent Stung! ont élargi les horizons du groupe, et permis ainsi à Nick Allbrook de développer son aura de leader. Mais, grand bien nous fasse, ce dernier s’est bien gardé de se transformer en bête du show biz à l’image de son camarade Kevin.
Pond nous revient donc cet été avec Terrestrials, un disque oscillant entre pop 70s aux guitares et harmonies puissantes, et nappes très synth wave, avec tout une armada de boucles qui rendent au son du groupe cet aspect très « venus d’ailleurs ». Skyworks le titre d’ouverture en est un très bon exemple : guitares et notes de synthés, on replonge dans le space rock dont les Australiens avaient fait leur spécialité. Tout comme le single éponyme Two Hands, qui semble définitivement faire repartir le groupe dans un style qui renoue avec les tous débuts. C’est intense et en même temps indéfinissable, voilà la réputation que ce sont construit ces musiciens définitivement hors classe. Terrestrials, le single, nous ramène loin il y a quinze ans quand le son de Pond semblait sorti d’un garage où des ados bidouillaient à loisir des claviers, s’amusaient à expérimenter les systèmes modulaires, tout en grattant fort, et de façon souvent de manière anarchique, leurs guitares.
Il y a comme une fraicheur, voire une innocence retrouvée dans Terrestrials. Là où nous déplorions de façon très personnelle l’aspect diva que Pond donnait à sa pop sur Tasmania et 9, nous retrouvons avec ce disque un groupe revenu à un genre plus simple (qui en soit ne l’est pas tant que ça, vu le patchwork que constitue chaque morceau), plus caractéristique d’une scène rock australienne qui ne nous déçoit que très rarement.
Terrestrials est donc un superbe album de Pond, l’un de ceux qui restera définitivement dans le top 5 de leurs productions car marqué de leur sceau : un disque sur lequel Nick Albrook et ses camarades font ressortir leurs personnalités de musiciens géniaux et un peu barrés, qui aiment à nous faire ressentir ce que cela fait de vivre et de puiser son inspiration dans cette vaste région – aussi magnifique qu’isolée – qu’est l’Australie de l’Ouest… Un environnement qui inspire, mais qui, en même temps, préserve ceux qui s’y épanouissent.
Pond, les plus « extra-terrestrials » des rockeurs, reviennent à leurs premiers amours et cela nous ravit.
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Pond – Terrestrials
Label : Mangovision / Modulor
Sortie : 19 juin 2026
