[Netflix] « Sur tes traces » de Robert Hull : Harlan Coben revient aux USA

Première adaptation d’un best seller de Harlan Coben réalisée aux USA, I Will Find You (Sur tes traces) est un produit à binge-watcher sans honte, mais qui marque une « standardisation » des fictions cobeniennes !

Sur tes traces
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Un enfant mort qui réapparaît sur une photo cinq ans plus tard. La quête désespérée d’un père, accusé à l’époque d’avoir assassiné son fils, pour le retrouver, à partir de cette simple photo. Une recherche difficile, la police étant à ses trousses, mais qui va mettre à jour de sombres secrets familiaux, jusqu’à une révélation finale qui ébranle tout ce que le « héros » de l’histoire croyait savoir de ses origines. Résumé succinctement ainsi, l’intrigue de Sur tes traces (I Will Find You en V.O.) trahit immédiatement le nom de son auteur. Eh oui, il s’agit bien d’une nouvelle adaptation en série TV d’un livre de Harlan Coben, fabriquant à la chaîne de best sellers planétaires !

Sur tes traces afficheCar Coben est un écrivain totalement obsessif – ce qui pour nous est une sorte de compliment, l’une des meilleures définitions d’un véritable « auteur » est que c’est quelqu’un qui raconte toujours la même histoire, quelle que soit la forme qu’il lui donne. Lire un Coben, ou regarder une adaptation de l’un de ses livres, c’est forcément retrouver une équation simple mais universelle : un secret enfoui + une disparition + une identité dissimulée + une famille qui ment + un passé qui ressurgit. Evidemment, le problème de la répétition du même mécanisme, c’est que le familier de l’oeuvre de Coben identifiera rapidement, dans la série Sur tes traces, le méchant, quels que soient les efforts déployés par le scénario pour nous faire « regarder ailleurs ».

Bon, cette adaptation Netflix confiée à Robert Hull, scénariste à la bonne réputation mais qui officie pour la première fois comme showrunner d’une série d’un profil élevé (il est clair que pour Netflix, les adaptations de Coben sont de formidables « cash machines »), ne démérite pas. Il est « physiquement impossible » de ne pas bingewatcher les huit épisodes de quarante minutes au cours d’un week-end de canicule, par exemple, tant le rythme de la narration est addictif, avec une succession ininterrompue de révélations et de twists qui tiennent parfaitement la route (Coben est vraiment très fort en la matière !) : c’est délicieusement haletant, impeccablement réalisé, et très bien interprété (Sam Worthington est très crédible en père accablé par le chagrin, mais c’est Britt Lower, qui avait percé dans Severance, qui crève l’écran). Après coup, on se dit que tout ça était parfaitement invraisemblable – la palme revenant à la partie consacrée à la mafia de Boston, où l’on atteint des sommets du n’importe quoi ! -, mais, bizarrement, on s’en moque, tant le plaisir le plus « basique » du téléspectateur est là.

Mais le plus intéressant réside dans le fait que I Will Find You est la première adaptation de Coben confiée à une équipe états-unienne. On se souvient que Coben avait donné son autorisation, il y a vingt ans déjà, pour que la première adaptation d’un de ses livres soit faite par des Français (Guillaume Canet et son Ne le dis à personne) : pendant des années, Coben avait ensuite expliqué que Canet avait bien compris l’esprit du livre sans chercher à en reproduire littéralement le contexte US, et le succès commercial du film l’avait sans doute conforté dans sa « vision », assez originale en fait, que ses romans fonctionnaient parfaitement une fois extrait de leur environnement d’origine. Après d’autres adaptations « étrangères » au cinéma, son accord avec Netflix a fini par entériner cette approche : sur les douze adaptations Netflix que nous avons recensées, six ont été réalisées en Grande-Bretagne, trois en Pologne, une en Espagne, une en Argentine et une en France ! Le petit « miracle », c’est donc que ces récits pouvaient être transplantés partout, mais surtout que cette « expatriation » leur donnait une identité plus forte : si l’on pense au succès « artistique » de The Innocent en Espagne ou de The Woods en Pologne, ces séries avaient une couleur culturelle propre qui enrichissait considérablement le matériau d’origine.

Ce qui nous amène à la question suivante : pourquoi ce changement de stratégie ? A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons pas d’explication, même s’il est difficile de ne pas penser qu’il s’agit avant tout d’une décision financière / industrielle de Netflix (et non de Coben, a priori). Les Etats-Uniens étant, on le sait, aussi réticents à regarder des films étrangers sous-titrés que doublés, il devait être tentant de leur offrir ENFIN un Coben « national ». Pourquoi pas ? Le problème est que, paradoxalement, ce retour au pays a pris l’apparence d’une normalisation du « produit Coben » : pire, ce qui paraissait ingénieux dans un cadre « exotique » (britannique, polonais, français, argentin ou espagnol) se révélait beaucoup plus artificiel dans un thriller américain standardisé, privilégiant qui plus est, chaque fois que possible, l’action…

Pendant 20 ans, les meilleurs adaptations de Harlan Coben ont été celles qui l’ont éloigné des Etats-Unis : le déplacement culturel peut donc enrichir un matériau d’origine au lieu de le trahir. C’est en fait là un sujet plus passionnant que la série elle-même !

Eric Debarnot

Sur tes traces (I Will Find You)
Série TV US de Robert Hull, d’après Harlan Coben
Avec : Sam Worthington, Britt Lower, Chi McBride, Logan Browning, Erin Richards, Milo Ventimiglia, Madeleine Stowe, Clancy Brown…
Genre : Thriller
8 épisodes de 40 minutes mis en ligne (Netflix) le 18 juin 2026

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