Le groupe anglais Sorry était de retour pour honorer leur cinquième album, Cosplay, sorti en fin d’année dernière et très réussi. « So british » sur scène…

Incontestablement un des groupes britanniques les plus intéressants de ces dernières années, Sorry était de retour en France cette semaine, au Grand Mix à Tourcoing, et au Trabendo à Paris, et pour des premières dates de festivals d’été européens. Faisant partie de la tournée honorant leur très convaincant cinquième album, Cosplay, les deux dates françaises étaient prévues en mars, mais avaient été reportées « en raison d’un deuil personnel ». Des frimas de mars pluvieux à la canicule de cette mi juin, le décor n’est pas tout à fait le même. Peut-être moins adapté pour un concert de Sorry, s’inquiétait-on un peu en descendant la rampe menant du Boulevard des Maréchaux au Trabendo, en passant par l’arrière du Zénith. A voir.
En arrivant, une certitude : le public est très largement jeune, les 20-30 ans représentant facilement 90% d’un public qui remplira quasiment ce soir le Trabendo et ses 900 places. C’est toujours une source de réjouissance et de confort de voir qu’un groupe de rock est capable de renouveler le public de ce genre que l’on croit, ou fait semblant de croire, moribond. Sorry opère dans une tendance électro-rock touchant les amateurs de rock indé ou de pop rock « classique », mais aussi les hipsters et les nerds, les garçons comme les filles, fluides ou pas. C’est un peu toute cette galerie qui se donne à voir ce soir dans la fosse, en attendant le combo, qui débarque à 21h, à un horaire classique, mais dix minutes en retard sur l’heure de montée sur scène annoncée. En tournée, le line-up du gang londonien est le même qu’en studio : autour d’Asha Lorenz (chant principal et guitare) officient Louis O’Bryen (guitare et chant), Lincoln Barrett (batterie), Campbell Baum (basse) et Marco Pini, incontournable dans le son du groupe, aux programmations et claviers.
D’emblée, le son est rock et carré, même si les trois premières chansons, dont un de leurs « tubes », Jetplane, avec ses emballements électro-pop qui sont la signature du groupe, restent un peu « diesel ». Asha Lorenzprécédent album, derrière des lunettes de soleil, affiche certitude et classe maîtrisée, un peu froide, pendant que le groupe joue compact et rock. Les interactions avec le public sont, et vont rester, peu nombreuses, si ce n’est pour déplorer ça ou là la chaleur dans Paris ce soir. Dans une setlist où le dernier album sera joué en quasi intégralité, le groupe va monter en puissance avec un doublé extrait de leur disque précédent, Anywhere But Here (2022) : d’abord le midtempo ciselé, Key To The City, puis Screaming In The Rain, chanté par O’Bryen. Today Might Be The Hit, qui suit, pour un retour au dernier album, est également très bien, le groupe lâchant vraiment les chevaux sur Billy Elliot, avec ses breaks « à la Franz Ferdinand » et la cavalcade Starstruck. Lorenz va même tomber les lunettes quelques chansons, mais les remettre bien assez vite. Comme pour vite se réfugier à nouveau dans son propre sentiment de maîtrise, et laissant le sentiment de ne pas souhaiter se dévoiler entièrement à son public.
C’est un peu la même impression que va nous donner le concert au final : toujours bien sans être transcendant, comme contrarié par un corset que le groupe semble s’imposer à lui-même. Car le groupe ne confirmera jamais vraiment cette montée en puissance, dans une deuxième partie de set nous donnant, peut-être aussi sous l’effet d’une chaleur certaine, un sentiment de répétition et presque de monotonie. Un comble pour un groupe capable d’emballements jouissifs, et qui a à son actif déjà une bonne douzaine de « mini bombinettes » électro-pop rock brillantes. Un comportement « so british » de certains groupes sur scène, sans doute ? Autre facteur limitant à souligner : le choix d’un son très rock, avec programmations et claviers sous-mixés, qui lime la spécificité du son du groupe, et crée un écart peut-être trop important sur les versions scéniques de certaines chansons. Une impression de « bouillie sonore » domine même dans de nombreux passages, là où le groupe brille dans ses enregistrements par la subtilité de ses arrangements et de l’équilibre de son mix entre instrumentations organiques et électronique.
Dans cette deuxième partie de concert, « Asha Lorenz vient de remettre ses lunettes de soleil » est le type de phrase qui s’affiche dans notre cerveau alangui, comme un phénomène majeur. Cela n’est pas forcément très bon signe. Notre cerveau se reconnecte alors un peu au show, avec la déclinaison d’As The Sun Sets, qui brille un peu plus que le reste avec des arrangements scéniques plus fins, et les morceaux, très Blonde Redhead, Echoes et Let The Light On, qui ravissent l’amateur du combo new yorkais que je suis. Echoes est même « surjouée » trente secondes de plus : folie ! Mais pas plus, il ne s’agirait pas d’exagérer et mettre le public en transe non plus. De fait, le moshpit sera resté vraiment calme ce soir, attentif mais un peu amorphe. Dans la foulée, Antelope, avec son accordéon programmé, est un midtempo qui fait retomber trop la tension à l’approche de la fin du set, là où on l’aurait préféré que le groupe continue à faire monter la mayonnaise. Damned. Encore raté. Dès lors, la fin du set, très bien, arrive, mais comme après avoir calé au démarrage. Extraits du dernier album, Life in this Body, midtempo vénéneux et subtil chanté à deux voix, puis le quasi hardcore Jive, offrent deux facettes complètement différentes de Sorry, dans des registres très différents.

Après une pause express backstage, le groupe enchaîne avec un rappel unique de trois titres, délivrés toujours sans émotion apparente — si ce n’est peut-être l’envie d’en finir au plus vite avec cette soirée caniculaire ? —, d’où surnagera pour nous la chanson l’introduisant. Into The Dark, puissante et lancinante, avec une montée hypnotique, bien appuyée par les jeux de lumières, rappelle, jusque dans son titre même, ce que les Pixies peuvent faire sur scène avec Into The White — transcendant en live une chanson un peu banale dans sa version studio. Après un nouveau midtempo, pas si Magic que cela, le quintet conclut son set, de quasiment quatre-vingt minutes, par ce qu’il sait faire de mieux : Waxming est une des belles réussites du dernier album, avec son équilibre de rock et d’électro maîtrisé, et singulier. Mais sans en rajouter ni même chercher à finir dans des effusions sonores. Et Sorry quitte la scène comme on débarrasse le plancher, sans un mot ni une attention particulière. Il a fait le job, ni plus ni moins.
A la sortie, les avis sont unanimes : pas mal, mais froid, ne sortant pas trop de sa gangue. Et il faisait chaud. Bref, si l’on n’a pas passé une mauvaise soirée, indéniablement, on s’attendait à mieux… Et en mode moins courant alternatif. Reste que Sorry compte, sur la scène actuelle, parmi les groupes confirmés, notamment grâce à ses deux derniers albums, et que, au bénéfice du doute, on sera ravis de les voir dans de meilleures conditions. Au frais. Et mieux mixés si possible.
Sorry : ![]()
Jérôme Barbarossa
Photos : Robert Gil
Sorry au Trabendo (Paris)
Production : Alias
Date : le jeudi 18 juin 2026
Leur dernier album :
Sorry – Cosplay
Label : Domino
Date de publication : 7 novembre 2025
