« Sanctuaire », de James Cleary : Une dystopie réussie

Dans une Amérique dévastée par le dérèglement climatique, deux clans s’affrontent : ceux qui ont tout, enfermés dans un bunker, face à ceux qui n’ont plus rien… Sauf l’espoir d’entrer dans ce sanctuaire.

© Maureen Janson Heintz

Quelques mois seulement après Run de Blake Crouch, les éditions Gallmeister nous proposent un nouveau récit contant l’effondrement des Etats-Unis. Dans Run, certains Américains, frappés par un étrange virus, se transformaient en créatures enragées incapables de maîtriser leurs pulsions les plus violentes. Dans Sanctuaire, premier roman de James Cleary publié en français, on assiste au départ à un classique roman catastrophe. Dans un futur proche, le dérèglement climatique est tel qu’une large partie des Etats-Unis est devenue inhabitable.

Alors que certaines régions sont sous les eaux, d’autres sont transformées en déserts arides où le manque d’eau et les vents incessants rendent toute culture impossible. Cette catastrophe climatique plonge le pays dans le chaos : l’électricité est bientôt coupée tandis que les compatriotes d’autrefois s’affrontent désormais pour tenter de s’accaparer les maigres ressources existantes. Cet effondrement prévisible a été anticipé par quelques-uns, par James Brandt notamment, un milliardaire qui s’est fait construire un bunker ultra-sécurisé dans lequel il s’enferme avec sa famille et sa garde rapprochée. Brandt a tout prévu et cette poignée de privilégiés a donc les moyens de survivre dans ce sanctuaire une bonne décennie, le temps que les choses se calment à la surface.

Grady, lui, est à la tête d’une petite communauté de survivants. Arrivés aux portes du bunker au moment même où Brandt et ses proches s’y enferment, Grady et les siens s’installent dans l’ancienne maison du milliardaire. Mais, sans eau ni nourriture, ils n’ont bientôt qu’une obsession : entrer dans le bunker, de force s’il le faut…

L’intrigue imaginée par James Cleary est donc extrêmement simple et elle repose sur un schéma classique mais efficace : deux clans se font face, la tension monte et l’affrontement paraît vite inéluctable. En évitant toute surenchère et en parvenant tout de même plusieurs fois à nous surprendre, James Cleary orchestre sa composition avec cet évident savoir-faire qui caractérise tant de romanciers américains. Les chapitres sont courts, et l’alternance de scènes d’action et de moments plus intimistes (tragiques pour certains d’entre eux) est d’une grande efficacité. Sanctuaire s’avère donc une dystopie aussi plaisante à lire que vraisemblable dans le développement d’un contexte qu’elle dessine à grands traits mais avec suffisamment de précision pour que l’on y croie. Hélas, le futur imaginé par Cleary est en effet très crédible : des zones devenues inhabitables, l’ordre social qui s’effondre mais des inégalités qui perdurent entre ceux ont tout et ceux qui n’ont même plus de quoi nourrir leurs enfants. Pire, les nantis qui survivent dans des conditions plus qu’acceptables sont en outre les principaux acteurs d’une catastrophe qu’ils ont largement contribué à provoquer. Grady, que les circonstances ont imposé comme le leader de son groupe, est sans nul doute le personnage le plus intéressant du roman, celui qui est le mieux construit, parce que le plus ambivalent – quand Brandt est trop caricatural pour convaincre. Les personnages – pas toujours suffisamment approfondis – constituent d’ailleurs la principale faiblesse du livre. Pour autant, Sanctuaire plaira aux amateurs du genre, à ceux qui ont lu et apprécié Run de Blake Crouch ou qui ont regardé avec intérêt la série Paradise. Sans révolutionner le genre, c’est bien dans cette veine que s’inscrit le roman de James Cleary.

Grégory Seyer

Sanctuaire
Un roman de James Cleary
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski
Éditeur : Gallmeister
368 pages – 24,90 €
Date de parution : le 6 mai 2026

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