En nous invitant à prendre d’assaut le donjon qui domine la plaine, Amaury Bündgen nous plonge dans un univers de dark fantasy, aussi classique que magnifiquement dessiné.

Deter est un Logaï qui déteste qu’on le confonde avec une goule ou un mort-vivant. Après une mission difficile, il retourne à la Tour pour être payé, rien de plus normal. Or le Bibliothécaire refuse de lui régler ses quatorze pièces d’or, la mission a été classée « sans retour possible ». Pour les réclamations, il est invité à aller se plaindre auprès du patron… Entretemps, l’alarme a été donnée, un intru est dans la place ! Deter va devoir se battre… Seul contre tous !
Deter pourrait être un exercice de style : prenez un homme seul, silencieux et déterminé, faites-lui affronter une armée dans un lieu clos, une tour par exemple, tandis que le boss l’attend en souriant, du moins au début, au dernier étage. Sur un pitch similaire, John McTiernan a réalisé Piège de cristal (1988) avec l’inspecteur John McClane, un héros plus bavard, ou, plus récemment, Gareth Evans signa The Raid (2011), une grosse baston à Jakarta, avec trois policiers intègres face à un gang maffieux…
Le scénario d’Amaury Bündgen pose un cadre de dark fantasy, fort classique, avec des orcs et des morts-vivants, des nains et un nécromancien. Deter parle peu et se bat à main nue, il est agile et dur au mal, très dur au mal. Il trucide avec application. Comme dans un jeu vidéo, chaque étage donne lieu à un combat différent : décors, adversaires et armes diffèrent.
Graphiquement, le travail est particulièrement soigné. Amaury Bündgen revendique Corben et Frazetta comme inspirateurs, on veut bien le croire. Le dessin à la plume et en noir et blanc fourmille de détails précis. Les scènes d’action sont courtes et, conformément au genre, brutales. À l’image de la couverture, les scènes de groupes, plus délicates, fonctionnent bien.
Les chapitres filent. Si les hommages aux grands anciens se succèdent, avouons que les surprises s’émoussent un peu. Deter est monolithique. Il ne parle guère, sourit encore moins, et, sans jamais regarder en arrière, frappe en premier. Les dernières pages tentent un rebondissement, un tantinet tardif. À défait d’être surpris, j’ai relu l’album, pour apprécier le travail. C’est beau !

Stéphane de Boysson
Deter
Scénario et dessin : Amaury Bündgen
Éditeur : Casterman
136 pages – 24 €
Parution : le 8 avril 2026
Deter — Extrait :

