Le plus déjanté des auteurs de polars est de retour avec un hommage à Agatha Christie dans lequel il s’amuse des travers de ses contemporains. Sarcastique et souvent très drôle, Pura Vida est un vrai plaisir de lecture.

Le précédent livre de Mark Haskell Smith, le pourtant très original Mémoires, nous avait un peu déçus. Malgré son humour et son sens de l’autodérision, cette fausse autobiographie avait eu du mal à nous convaincre. On n’y avait pas totalement retrouvé toute la folie de Coup de vent ou À bras raccourci, ces romans qui ont fait la réputation de Mark Haskell Smith. Pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur, précisons qu’il écrit des polars totalement fous, à l’humour souvent salace, et qui parviennent à allier efficacité et satire avec beaucoup de brio.

La bonne nouvelle, c’est que Pura Vida est un bon cru. Dès les premières pages, Mark Haskell Smith nous embarque dans une sorte de Cluedo déjanté. Nous sommes au Costa Rica et un policier est interrogé par une représentante du gouvernement des Etats-Unis. En effet, Jeff Wind, un millionnaire américain est décédé quelques jours plus tôt dans des circonstances assez troubles. L’inspecteur Umbral doit donc s’expliquer sur les conclusions de son enquête. A partir de cette brève entrée en matière, Mark Haskell Smith remonte le fil des événements : Wind a fait fortune quelques années plus tôt et, après avoir vendu son entreprises aux requins de la tech, il s’est installé dans une somptueuse villa au Costa Rica pour y mener une existence paisible et très confortable. A l’occasion de son quarantième anniversaire, il a invité ses anciens amis de l’université à venir passer quelques jours avec lui. Mais on le sait donc d’emblée, la fête va se finir tragiquement. Et comme les rancoeurs et les jalousies sont tenaces, l’inspeceur Umbral va vite comprendre que tous les invités – et même la cusinière/femme de ménage – sont suspects.
Mark Haskell Smith reprend donc le dispositif narratif de bien des romans de détection : une vaste maison, un meurtre, et autant de suspects que de personnages. Mais il y injecte son sens de l’humour, sa folie mais aussi son sens de la satire. Au-delà de l’hommage à Agatha Christie, Mark Haskell Smith prend en effet un plaisir tout particulier à égratigner ses personnages, tous plus ou moins antipathiques, tous un peu hypocrites, et surtout animés par une vénalité dont il se moque avec férocité. A travers eux, c’est aussi le comportement des Américains en général, et des Américains à l’étranger en particulier, qui est tourné en dérision par l’auteur.
Au milieu d’eux, l’inspecteur Umbral, un policier espagnol venu s’installer au Costa Rica par amour, fait figure d’exception. Grand lecteur de polars (ce qui permet en outre à Mark Haskell Smith de rendre hommage à quelques grands noms de la littérature policière hispanique), Umbral est un anti-héros attachant qui est loin de répondre aux caractéristiques habituelles du flic de polar. D’ailleurs, ce policier, qui est aussi serveur dans le restaurant tenu par sa femme, se rêve autant en flic de fiction qu’en auteur de polars ! Umbral vit en effet beaucoup par procuration et cela permet à Mark Haskell Smith de nous rappeler que son roman est finalement une métafiction qui s’assume. Au-delà de la satire, l’écrivain américain s’amuse donc aussi avec des codes littéraires qu’il maîtrise parfaitement. En cela, Pura Vida prolonge le travail entamé avec Mémoires. Mais le résultat est ici nettement plus convaincant !
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Grégory Seyer
