Album de voyage sans paroles, Inner World, de Jean Pascal Boffo, prolonge sa collaboration son et image avec Fred Kempf. Un cinéma paradiso musical qui traverse déserts, légendes et machines, où chaque écoute dessine son propre paysage. Il y aura autant d’Inner Worlds que d’auditeurs.

Si la science se doit d’être reproductible, il en est tout autre chose de la magie. Pourtant, disons le d’entrée : Jean Pascal Boffo réussit le tour de magie de réitérer l’exploit de ses précédents albums, et notamment de sa précédente collaboration son et image avec Fred Kempf (Infinity relooped).
Dans le sans faute qu’il aligne depuis quatre décennies, ces collaborations montrent à quel point Jean Pascal reste ancré dans le présent avec ce qu’il faut de préscience pour rester si pertinent.
Inner World est un album de voyage. Mais parler uniquement de voyage intérieur serait réducteur. Car ce voyage se base aussi sur des représentations culturelles, des archétypes modernes où certains sons, certaines mélodies évoquent des paysages qui nous serons accessibles car nous les avons associés, notamment par le cinéma et les bandes originales mythiques. Boffo offre donc plus qu’un voyage intérieur. C’est une bande son qui traverse des écrans, comme un cinéma paradiso musical.
Dès le premier morceau il convoque les légendes qui se bousculent, articule ce qui ne saurait l’être sans une maîtrise fine, et serpente à travers les images du désert en s’amusant, entre western et Hadouk Trio, Leone et Tinariwen. Sans souci, passant des dunes aux rocs en nous faisant le prestige de cette géographie musicale aussi nouvelle que fantasque. Tel un rêve qui transforme le décor sans que l’on s’en étonne, en changeant nos focales, les personnages et le sujet sans coupure.
Il ne s’agît pas juste de navigation entre des références. Celles-ci restent en arrière plan, plantent un décor en discrétion à partir duquel la musique s’émancipe et explore toute sa créativité. L’album enchaîne donc ses surprises, et laisse admiratif à l’écoute d’une production qu’on savoure, fruit d’un travail d’orfèvre qui renouvelle le plaisir de l’écoute.
Et au service de cette précision, c’est fine équipe de musiciens qui est rassemblée ici, qu’on se doit de nommer : William Bur, Franck Agulhon, Pierre Coq-Amman (l’homme qui chante avec sa flûte), Séraphin Palmeri et Thomas Seignert. Merci pour la vie que vous insufflez à ces idées qui prennent vie sous votre jeu.
On vous laissera l’aventure intacte et libre. On se permet toutefois une petite mention spéciale pour Robotown qui ravive le souvenir du Metropolis de Rintaro. Ce morceau synthétise cette faculté à rendre les sons signifiants, voire vivants. On entend et on voit soudainement le robot bouger, l’agitation des machines, le scénario qui s’établit sous les boucles. Mantra sera un autre parfait exemple, avec sa mélodie qui viendra se loger de suite dans notre mémoire pour nous accompagner lors de divagations futures.
Si le texte et le chant sont absents de l’album, il n’est pas muet pour autant. Car l’alliance du son et de l’image parle et écrit, sous nos yeux et nos oreilles. Elle raconte. Et elle raconte ce que l’on projette. Ces références qui vous appartiennent, ces invitations selon vos impressions. Il y aura autant d’Inner World que de personnes qui l’écouteront.
Et c’est là que le travail de Fred Kempf relève de la co-composition narrative. Ses animations basées sur des décors figés ont ce caractère hypnotique propre aux rêves et aux projections. Ces moments de rêverie où l’on contemple un papier peint, un plafond et que notre cerveau divague, voit une course, des plantes qui se meuvent, un fil qui se tisse sur lequel se perdent des personnages sortis d’on ne sait où. Cette activité créative naturelle avec ses originalités et ses trouvailles (From the moon to the earth) trouve un bel écrin ici. Ce sont plus des extensions du propos que des traductions visuelles. Et elles ont cette qualité d’être avant tout des propositions nous laissant encore une fois une liberté. Nous avons donc aussi regardé cet album.
Il fût un temps où, entre amis, il nous arrivait d’écouter des albums entiers sans parler. Passer Shine on your crazy diamonds sans un mot et nous demander à la fin « T’as vu quoi ? T’étais où ? ». Nul doute qu’Inner World aurait été un de nos bateaux volants préférés, un média devenu medium, un guide qui vous laisse libre de créer le monde qu’il vous offre.
Maintenant c’est à vous de vous y perdre et d’y créer votre chemin propre.
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Florian Claude
Jean Pascal Boffo – Inner World
Autoproduit
Date de sortie : 15 mai 2026
