The Reed Conservation Society – Sing a Song That Never Ends : une fenêtre sur l’océan

Il est venu le moment de célébrer le génie propre des Parisiens de The Reed Conservation Society. S’ils n’ont pas choisi le nom le plus simple, leur musique est brillante et mérite qu’on la découvre à l’occasion de ce très réussi deuxième album. Qui regarde clairement vers l’Amérique.

The Reed Conservation Society - quartet - par Philippe Dufour - 1
Photo : Philippe Dufour

The Reed Conservation Society, soit la Société du Préservation du Roseau : on a connu plus simple pour un groupe de rock. Ce nom volontiers incongru, en référence ironique à certaines associations, assemblées secrètes ou certains lobbys, aux buts parfois si particuliers qu’ils en deviennent loufoques, est un choix osé. Surtout pour un groupe… parisien. Il ne doit en tout cas pas nous faire oublier l’essentiel : la musique. Et là aussi, ces huluberlus ont beaucoup à nous offrir, avec leur pop aux accents baroques, drapée dans des cordes et cuivres arrangés délicatement. Après plusieurs EP, et un premier album éponyme paru en 2024, tous prometteurs, le groupe aborde le cap, souvent présenté comme décisif, du deuxième album.

Reed Society AlbumDéjà, un premier constat : le duo est devenu quartet. La section rythmique, formée pour les concerts par Cédric Bermond (batterie) et Nicolas Pain (basse), est devenue celle du groupe en tant que tel, rejoignant Stéphane Auzenet (chant, guitare, songwriting) et Mathieu Blanc (trompette, guitare, arrangements), les musiciens faisant à cette occasion le choix d’enregistrer pour la première fois tous ensemble dans la même pièce. La plus belle intégration possible pour les nouveaux venus, complétés par les renforts en studio de Florian Robinaux (claviers), Blumi (Emma Broughton à l’état civil) et Vincent Mougel aux chœurs, ou encore d’un ensemble de cordes, présent par le passé sur certains concerts en grande formation. Bref, « un disque d’équipe, un disque de rencontres » comme le dit Stéphane Auzenet dans les notes de l’album. Et un disque de famille aussi, comme en témoigne la pochette de l’album, réalisée par ses enfants, dans un style faussement naïf, plein de détails, comme du Jérôme Bosch coloré… Une œuvre collective en tout cas.

Deuxième constat, le combo n’a pas abandonné son sens du contre-pied. Après les premiers EPs en anglais, le premier album était en français, et le deuxième album opère un retour à l’anglais ! L’appui d’un label international (le belge Hot Puma) à un disque produit sur leur propre label, La Basse Roche, explique peut-être en partie ces velléités d’aller chercher un public plus large… Quoi qu’il en soit, ce choix fait totalement sens avec la tonalité de la musique. C’est en effet une musique d’inspiration anglo-saxonne. Le titre de l’album, Sing a Song that Never Ends, emprunté au texte d’une chanson de Jeff Tweedy, indique au passage que c’est plutôt de l’autre côté de l’Atlantique que de la Manche que regarde désormais le groupe.

Le ton est donné dès l’introductif I Keep The Thorn Right in My Chest, folk-song aux arrangements délicats pour laquelle Surfjan Stevens est une inspiration avouée. Ça situe tout de suite le niveau. Mélodie ciselée, chœurs aériens façon ouest américain 60s et 70s, solo de trompette délicieux…  Les midtempos, parfois plus emballés, s’enchaînent comme autant de réussites. Sainte-Marine nous plonge très temporairement dans un référentiel finistérien (océanique donc), puis le single The Kruize, en troisième position, est imparable avec l’entremêlement de la voix du chanteur avec celle de Natasha Penot (vue récemment avec The Apartments)… Cela peut rappeler, comme sur d’autres chansons, Perio, autre brillant groupe français également inspiré par les territoires de la pop ouvragée et finalement arrangée, comme de l’americana et de la folk, assumant depuis toujours cette dernière « dominante ». D’ailleurs, nos amis du roseau citent volontiers une autre référence pour cette chanson, plus inattendue : Pavement. Autres belles réussites dans le genre : Bucky Jay, qui nous plonge dans les pas de David Lynch dans l’état de Washington avec ses chœurs féminins et sa trompette réjouissante, Elvis Has Left the Building et All the Stars Fall Asleep, qui revisitent des mythes américains, le King au détour d’une phrase mythique, et certaines figures de la pop culture à la Nouvelle Orléans. Comme pour mieux réaffirmer l’inspiration américaine de l’album. Sans oublier l’Angleterre originelle pour autant : Elvis… est illuminée par la voix de Rosie Brown et la guitare de Bernd Restt, deux musiciens de Brighton.

TRCS, si on peut les appeler ainsi, n’oublie pas de varier les plaisirs :  I Wish… est une composition lente, délicate, douce, soutenue au piano, et par des chœurs féminins. Leur No More Affairs à eux, si l’on peut citer ici une chanson des Tindersticks. Whistle in The Tree, chantée par Natasha Penot, présente une mélodie entamée au violon, puis structurée autour d’un piano léger, le tout nous emportant avec ses cordes voluptueuses. Entre les deux, Goldfish est une popsong immédiate au tempo plus soutenu, sur un format de 3’22 secondes, leur Something For The Week-end à eux, si l’on peut se permettre de convoquer une autre grande référence, celle de Neil Hannon et de The Divine Comedy. Le groupe cite plutôt Pavement ici aussi comme référence, sans doute plus évidente que sur The Kruize, même si cela n’est pas aussi « tordu » que ce que peut proposer le groupe de Chicago. L’album se referme sur deux brillantes réussites, encore : Modesty of Heart, très aérienne avec ses chœurs, et rappelant les Kinks de l’époque où ils s’ouvraient à la culture américaine, et All The Stars Fall Asleep, avec à nouveau un duo de voix féminine et masculine.

Dans le dossier de presse, Mathieu Blanc estime que « les compos de Stéphane [Auzenet] sont de plus en plus abouties, des accords plus riches, des harmonies plus complexes mais on ne s’en rend pas forcément compte, c’est souvent le signe que c’est réussi ! » Pour une fois, ce type de citation emplie d’autosatisfaction sonne juste, et même en deçà de la réalité : la Société de Préservation du Roseau a passé avec un beau succès le test du deuxième album.

Jérôme Barbarossa

The Reed Conservation Society – Sing a Song That Never Ends
Label : La Basse Roche avec Hot Puma Records
Date de sortie : 27 juin 2026

En concert (release party) à Paris au Supersonic Records le 27 juin 2026, avec The Golden Spring.

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