Vous pensiez tout savoir sur la période 86-88 qui a donné lieu au chef-d’œuvre des Waterboys, Fisherman’s Blues ? Vous aviez tort : Mike Scott en avait encore sous le pied et dans ses tiroirs. Malgré le côté inégal de cette sortie, préparez-vous à quelques découvertes majeures.

Je sais, vous allez d’abord penser, comme moi : « The Lost Fisherman’s Blues Recordings, est-ce une blague ? » C’est sûr que, quand on a acheté l’album original en 1988, que l’on s’est délecté de la version deluxe et que l’on a déjà exploré le coffret 6 CD sorti en 2013, ce gargantuesque Fisherman’s Box, présenté comme The Complete Fisherman’s Blues Sessions, il est logique d’être méfiant. Même en connaissant le côté prolifique du groupe et la légende entourant ces sessions.
Depuis que Chrysalis Records a été racheté par Blue Raincoat en 2016, puis par Reservoir Media en 2019, un important travail de réévaluation a été mené sur le catalogue historique du label. UFO ou encore Robin Trower en ont notamment profité, mais les Waterboys occupent une place à part dans cette stratégie patrimoniale. On pense bien sûr au copieux coffret consacré à This Is The Sea, intitulé 1985 et sorti en 2024. Room To Roam a également bénéficié d’une ressortie en vinyle à la fin de l’année dernière.
Ce nouveau coffret de 3 CD s’inscrit donc dans le cadre d’une stratégie globale, mais il a surtout été rendu possible par la découverte de nouvelles bandes par Mike Scott. Alors, qu’en penser ? Difficile, bien sûr, de cacher notre affection pour les Waterboys, en particulier pour cette période. Et difficile aussi de ne pas se réjouir de mettre provisoirement de côté la récente passion de Mike Scott pour Dennis Hopper, même si les deux derniers disques du groupe ont leurs moments.
Tout cela donne donc 25 titres, dont 17 totalement inédits, alors que d’autres étaient déjà sortis de façon fragmentée. De nouvelles versions de titres connus, des reprises étonnantes : Atlantic Rain a tout pour plaire, même si les vrais joyaux ont été placés au début du premier disque.
Le sax puissant d’Anthony Thistlethwaite s’élève, un vibe Motown arrive vite avec Mike Scott qui s’essaie au falsetto : la version de Too Close To Heaven est marquante, encore très influencée par la Big Music des trois premiers albums. C’est la troisième version du morceau si l’on compte les deux sorties en 2013, et c’est largement la meilleure.
Les 9 minutes de Come Back To Galway valent à elles seules l’achat de l’album, avec toujours ce sax majestueux, mais aussi, bien sûr, le violon de Steve Wickham. Un peu plus loin, Endless Store éblouit et nous livre les Waterboys à leur meilleur. Comment cette splendeur a-t-elle pu rester inconnue si longtemps ? Quant à Light Shine On Me, c’est la nouvelle bande-son de mes vacances estivales, jouissive au possible avec ses touches gospel. Ces quatre réussites majeures sont toutes sur le disque 1 du coffret, qui finit en outre par une reprise réussie de This Land Is Your Land et surtout une version alternative de Saints and Angels. Présente sur Fisherman’s Box avec sa version de 10 minutes, elle est ici réduite à quatre, mais elles sont suffisantes pour témoigner, une fois de plus, du génie de Steve Wickham, qui cosigne le titre avec Mike Scott.
Le deuxième disque est globalement consacré aux reprises. Il commence par une version dispensable de I Can’t Feel At Home In This World Anymore de The Carter Family, avant d’enchaîner avec Knockin’ on Heaven’s Door. Nous connaissions la passion de Mike Scott pour Dylan, puisque Fisherman’s Box comprenait déjà quatre reprises de Dylan. Celle-ci est clairement réussie, mais nous l’avons peut-être trop entendue, et l’impact est forcément moins fort qu’avec I’ll Be Your Baby Tonight ou Buckets of Rain. La reprise de When Doves Cry de Prince, avec Steve Wickham et Mike Scott au piano, montre l’éclectisme des Waterboys. C’est intriguant, à défaut d’être totalement convaincant. Rien à voir avec No Expectations des Stones, grand morceau trop souvent négligé de leur discographie, qui devient ici l’un des fleurons de cette collection et un terrain de jeu parfait pour le sax de Thistlethwaite.
Lost Highway est un classique de la country popularisé par Hank Williams. La version livrée ici est de 8 minutes, plus longue donc que celle que nous connaissions, en y ajoutant de longues improvisations instrumentales caractéristiques de l’esprit des sessions. C’est merveilleux, et la façon dont Mike Scott joue avec les codes de la country américaine pour y ajouter des éléments de folklore irlandais est totalement fascinante. C’est une réussite majeure qui clôture en beauté un deuxième disque comprenant en outre une version live de 8 minutes de We Will Not Be Lovers, fidèle à la version studio de 1988.
Alors bien sûr, nous pourrons regretter que ce festin ne se prolonge pas sur le troisième disque, nettement plus faible. Il s’articule principalement autour de deux versions de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, dont une très pénible passée à la moulinette Waterboys de 13 minutes, avec jam finale, et une autre quasi instrumentale de 7 minutes. Étonnant, mais pas sûr que l’on y revienne souvent, tout comme le très rock The Waves, qui vaut principalement pour le violon de Wickham, et dont le style tranche avec l’esprit général des sessions.
Vous avez compris : il y a suffisamment de choses majestueuses dans ces trois CD pour confirmer le côté mythique de cette période, qui reste encore aujourd’hui, à juste titre, la plus appréciée des Waterboys. En attendant, qui sait si Mike Scott ne retrouvera pas, dans son grenier, de quoi remplir un coffret 4 CD consacré à A Pagan Place !
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Laurent Fegly
