« White River » de Ian McGuire : la fièvre de l’or s’empare des trappeurs de la Baie d’Hudson

White River est récit – détaillé et documenté – d’une expédition calamiteuse au Canada au XVIIIe siècle, jalonnée de décisions hasardeuses, de rencontres regrettables et de plans malchanceux.

© Paul Wolfgang Webster

Le britannique Ian McGuire partage son temps entre l’Angleterre (il est né à Hull) et les États-Unis. Avec White River, il nous transporte dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, sur la rive ouest de la Baie d’Hudson, pour partager la vie rude des trappeurs et des indiens, au temps où la Compagnie de la Baie d’Hudson organisait le commerce de fourrures.

White River CoverNous arrivons au fort Prince-de-Galles, le comptoir de la Compagnie. Il y a là Magnus Norton, l’agent principal de la Compagnie, gouverneur du fort : « il a déjà fait de lui-même un homme riche […] et pourtant, chaque jour, […] il a très envie d’être encore plus riche ». Un modeste colporteur vient faire miroiter une pépite d’or et la promesse d’un filon au-delà de la White River : « l’or vient d’un endroit qui s’appelle Ox Lake, qui se trouve à huit cents ou neuf cents kilomètres, au fin fond des Terres stériles, à deux jours de marche vers le nord de White River Crossing ».

Sur les ordres de Magnus Norton, son adjoint John Shaw a tôt fait de monter une expédition avec Tom Hearn, un baleinier taciturne qui connait bien les Inuits du nord, le jeune Abel Walker, neveu de Magnus, ainsi qu’un chef indien, Datsanthi, qui servira de guide. L’Indien Cree est accompagné de son fils Nabayah et de leurs épouses respectives Pawpitch et Keasik. John Shaw prend la tête de l’expédition et « le voyage qui les attend sera long et difficile, il sait qu’aucun homme de la Compagnie ne s’est jamais aventuré si loin dans les profondeurs des Terres stériles ».

Il leur faudra près de neuf cent kilomètres et quatre mois de marche vers le nord – ce sont les femmes indiennes qui tirent les traîneaux – pour arriver au-delà de la White River, là où commence le territoire des Inuits. Âmes sensibles s’abstenir, la vie des trappeurs est plutôt rude et la fièvre de l’or exaltante : il y aura des loups, de la neige et de la faim, des viols, des jalousies et des trahisons, une amputation, quelques morts et beaucoup de sortilèges chamaniques, …

L’expédition des agents de la Compagnie est un enchaînement tragique de décisions hasardeuses, de rencontres regrettables et de mauvais plans au point que « toute l’affaire a été une épouvantable calamité ». John Shaw semble résister à tout, et c’est « à se demander s’il n’y a pas une force surnaturelle à l’œuvre dans le corps de cet homme, un quelconque moteur mystérieux bien au-delà de ce que l’humain peut imaginer ». La fièvre de l’or sans aucun doute puisqu’ « ils sont venus chercher la pierre jaune » et que le métal doré est capable de corrompre jusqu’au plus honnête et plus vertueux d’entre nous.

Ce récit – un peu longuet parfois dans ses multiples péripéties – peut se lire comme un roman noir au cœur d’une nature sauvage mais aussi comme un véritable reportage historique et géographique, soigneusement documenté à partir des multiples sources sur lesquelles l’auteur s’est appuyé. Le style est travaillé, la langue est un peu soutenue, avec juste ce qu’il faut de désuétude pour recréer l’ambiance du XVIIIe.

Bruno Ménétrier

White River
Roman de Ian McGuire
Traduction de l’anglais de Sophie Aslanides
Éditeur : Payot & Rivages
336 pages – 21,90 €
Date de parution : 19 août 2026

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