En transformant des contraintes en moteur créatif, Evan Mast a façonné un album à l’équilibre parfait entre pulsations dansantes et rêveries contemplatives. Un troisième album inspiré pour celui qui s’est fait connaitre au sein du duo Ratatat.

Le duo Ratatat a laissé une empreinte durable – leurs titres sont souvent utilisés pour de l’illustration sonore – avec cinq albums parus entre 2004 et 2015, dont les incontournables Classics et LP4. Depuis quelques années, l’un de ses deux membres, Evan Mast, poursuit l’aventure en solitaire sous le nom d’E.VAX. Avec Just Like Fire, son troisième album, l’Américain explore un territoire qui n’est finalement pas si éloigné de celui qui a fait le succès de son ancien groupe.
Producteur pour Kanye West et Jay-Z, Evan Mast a ressorti samplers et banques de sons pour composer un disque qui aurait très bien pu voir le jour il y a quinze ou vingt ans. On y retrouve ce goût prononcé pour les beats, les boucles et les collages sonores qui ont toujours nourri son travail. Initialement, l’album devait s’appuyer sur de nombreux samples empruntés à Pulp, The Breeders ou encore The Kinks. Mais des problèmes de droits l’ont contraint à revoir sa copie. Heureusement, The Cardigans, George Jackson et Phyllis Dillon ont, eux, donné leur feu vert et l’album a pu sortir
De cette contrainte est né un disque à la fois nostalgique composé dans une chambre d’hôtel au centre du Vietnam avec guitare et sampler. Il alterne morceaux électro dansants aux accents parfois latinos et plages plus contemplatives, presque bucoliques (Scower, Say). Les titres se construisent autour de rythmiques discrètes, de nappes de synthés cotonneuses et d’arrangements d’une grande finesse.
On pense parfois à la pop électronique rêveuse de Caribou (25 Years) ou aux expérimentations mélancoliques de Burial (Caroline, The love that I have for you and how you make me feel) ou encore Four Tet ou à par mal de choses sorties au tout début des années 2000. Les voix, souvent utilisées comme de simples textures comme sur When I’m gone, rappellent aussi la manière dont Moby travaillait les samples vocaux avec son classique Play.
Sans révolutionner la formule de ses précédents albums solo, Evan Mast signe un disque élégant et atmosphérique, jamais lassant et qui confirme qu’il est bien plus qu’un artisan de riffs électroniques. Une œuvre discrète mais profondément attachante, idéale pour les fins de soirée et les écoutes solitaires.
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Benoit RICHARD
