« La Fin d’Oak Street » de David Robert Mitchell : la fin d’un auteur ?

Acclamé par la critique US, la Fin d’Oak Street, qui aurait pu marquer le grand retour de David Robert Mitchell, un auteur singulier absent depuis 2018, est une grosse déception.

La fin d Oak Steet
© Warner Bros

A l’affiche de la Fin d’Oak Street, le nom du réalisateur, David Robert Mitchell, n’apparaît pas, ou alors en tous petits caractères, suivant les cas. David Robert Mitchell, porté disparu – ou tout du moins resté silencieux – depuis 8 ans. Lui qui nous a offert au cours de sa jeune carrière trois films, aussi frustrants (maladroits, excessifs parfois) que passionnants, The Myth of the American Sleepover, It Follows, Under the Silver Lake : un auteur, un vrai, avec un imaginaire personnel, qui réfléchissait sur les USA, ses mythologies, ses peurs, ses obsessions, avec une manière particulière, reconnaissable, de filmer l’espace, les personnages et surtout leur inquiétude. De quoi attendre beaucoup de ce retour, même sous les contraintes d’un cinéma ultra-commercial aux envies de blockbuster, dont le sujet semblait propice à un traitement ambitieux de la part de Mitchell, puisque faisant écho à ses préoccupations.

La fin d Oak Steet affiche

Qu’on en juge : un fragment de banlieue US, au début des années 80, se retrouve transporté au milieu d’une jungle de la préhistoire, et subit les assauts de la faune redoutable qui la peuple. La Fin d’Oak Street raconte comment une petite famille archétypique (les deux parents, le garçon et la fille, plus leur chien) va tenter de survivre, et surtout de retourner vers « le présent », alors même qu’elle est minée par des problèmes de couple et au bord de l’implosion.

Evidemment, avec J.J. Abrams (et sa société Bad Robot) à la production, nulle surprise de découvrir dès l’ouverture de la Fin d’Oak Street qu’on est dans un pastiche de Spielberg, et qu’on retrouve « l’esprit Amblin« . Ce qui en soit n’est pas un souci, Abrams et Mitchell ayant l’élégance de ne pas noyer leur film dans l’esprit nostalgique et réactionnaire que l’on pouvait redouter.

Pour le reste, il est difficile de trouver beaucoup de qualités à la Fin d’Oak Street. L’interprétation est laborieuse, avec un Ewan McGregor visiblement mal casté et mal à l’aise avec son faux accent américain, portant en permanence sur son visage la même question (« Mais qu’est-ce que je viens faire ici ? »), et avec une Anne Hathaway qui paraît artificiellement rajeunie et se démène surtout comme une belle diablesse pour soutenir l’énergie générale. La mise en scène de Mitchell séduit d’abord par son rythme plutôt lent, qui veut prendre le temps de nous faire comprendre et aimer les personnages, et surtout les tensions qui minent la famille, avant que nous soyons obligés de reconnaître qu’il s’agit avant tout ici d’un manque de rythme, fatal à ce qui devait être une comédie d’action. Sans doute qu’Abrams, en digne disciple de Spielberg, aurait dû réaliser le film lui même, plutôt que de le confier à un auteur (ex-auteur ?) qui est plutôt un adepte de la neurasthénie.

Mais le plus grave problème du film se situe au niveau de son écriture, terriblement paresseuse, avec des péripéties prévisibles et une dernière partie faisant feu de tout bois et sacrifiant toute logique pour nous livrer un happy end spectaculairement stupide. Sans même parler de la lâcheté criminelle de cette conclusion qui balance par dessus bord tout ce qui aurait pu rendre le film singulier : la critique US, curieusement enthousiaste, parle « d’une réflexion sur les secrets domestiques, la violence tapie derrière les façades des banlieues et les sacrifices paternels », et ne semble pas vouloir admette que, de ce point de départ, Mitchell et Abrams ne font rien d’intéressant, à part livrer un blockbuster estival poussif, et finalement mensonger quant à la capacité du rêve américain à survivre quand il est confronté à la violence primitive.

Quant à Mitchell lui-même, il a bel et bien raté l’occasion rêvée de prouver qu’il restait un véritable cinéaste quand Hollywood lui permettait enfin de faire un film commercial qu’il pouvait réussir.

Eric Debarnot

La Fin d’Oak Street
Film US de David Robert Mitchell
Avec : Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella, Christian Convery…
Genre : action, science-fiction
Durée : 1 h 39
Date de sortie en salle : 12 août 2026

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