On est en été, c’est donc la période où les Californiens de Meatbodies passent par Paris pour enchanter les rares mélomanes qui sont restés dans la capitale. Et leur concert du millésime 2026 au Point Ephémère a été une franche réussite.

C’est l’été, il fait (très) chaud, il n’y a personne dans Paris : c’est donc le moment pour Meatbodies de venir jouer chez nous, dans une salle qu’ils peineront à remplir, et bien entendu sans clim’ ! On rigole, on rigole, mais ce serait bien de pouvoir apprécier ce groupe exceptionnel dans des conditions plus confortables, et avec le public qu’il mérite…
Le Point Ephémère est en travaux, et le seul bar ouvert est celui de la salle de concerts, ce qui oblige à organiser un flux inhabituel pour les nombreux consommateurs qui veulent profiter de la terrasse en ces jours d’été brûlants, où il convient d’éviter la déshydratation. Le staff arrive malgré tout à gérer le mini-chaos pour que les portes de la salle se referment et s’ouvrent à nouveau pour les mélomanes à 20h. Dans la salle, on remarque le sol refait à neuf, et l’odeur de peinture fraîche, mais aussi que ce sont toujours quelques maigres ventilateurs qui vont brasser lourdement l’air chaud ce soir. On en serait presque heureux que le concert n’affiche pas complet, même si un groupe de la classe de Meatbodies devrait remplir une telle salle sans problème…
20h30 : On attaque avec Romance, des Parisiens dont le premier album doit sortir en septembre, qui s’auto-qualifie de « dandy punk », et qui a pas mal d’atouts pour lui : une entrée sur scène sur la musique iconique de Twin Peaks, des textes en français, des chansons rusées et mélodiques, un chanteur qui se donne à fond, un bel esprit de groupe, où l’on sent que chacun s’amuse. On remarque aussi l’importance du saxo, qui ajoute une touche inhabituelle et bienvenue dans la musique du groupe. Les morceaux ne sont malheureusement pas tous emballants, il y aurait du tri à faire dans la setlist, mais leur set de 40 minutes se termine par deux très bons titres, Faute à moi et Le Net. Incontestablement des gens à suivre, dans un style « très français » qui ne plaira pas à tout le monde, mais réjouira ceux qui déplorent que le rock hexagonal soit largement consacré à la copie de genres musicaux anglo-saxons.
21h45 : La scène du Point Ephémère est bien maintenant dégagée pour laisser respirer l’impressionnant « power trio » qu’est désormais Meatbodies, depuis le départ de Casey Hanson : Chad Ubovich, virtuose de la six cordes et compositeur inspiré, Dylan Fujioka batteur athlétique et excellent choriste pour prêter main forte au boss, et Noah Guevara, bassiste élégant qui tient la baraque avec un flegme de… bassiste ! On notera que Chad porte cette fois un t-shirt plus inattendu, à l’effigie de Suicide. Et que Dylan, torse nu (logique, vu la chaleur des lieux, qui doit sembler irréelle à des Californiens habitués à l’air conditionné glacé qui prédomine chez eux), nous laisse admirer son physique impeccable.
Le set démarre sur Hole, extrait de Flora Ocean Tiger Bloom, le dernier album en date – et leur meilleur, sans aucun doute – de Meatbodies, paru il y a deux ans. Si la voix de Chad est un peu en retrait dans le mix (ce qui sera partiellement corrigé par la suite), on remarque immédiatement un son fantastique, assez inhabituel, il faut le reconnaître, au Point Ephémère : félicitations à l’ingé son, qui a fait des merveilles, et va nous permettre de jouir de la virtuosité des trois musiciens dans des conditions idéales. Et nous offrir ce qui aura été, à notre humble avis, le meilleur set des Meatbodies auquel nous ayons assisté, à date.
Même si la musique du groupe est un assemblage brillant de styles, entre rock psyché, grunge, classic rock, avec des moments planants assez shoegaze et des accélérations heavy metal teintées de punk rock (comme sur le jouissif Disorder qui suit), c’est – curieusement ? – à Neil Young que Chad nous fait penser ce soir : sans doute sa manière d’aller chercher sur sa guitare des sonorités complexes, hantées parfois, conjuguant musicalité fine et explosions de violence, en se reposant sur une section rythmique d’une fiabilité totale…
La setlist va alterner des titres de Flora Ocean Tiger Bloom, plus lourds, planants et psychés, et des brûlots des albums précédents, voire également ce qui nous a paru être des inédits (de nouveaux titres pour le prochain disque ?), conférant à la soirée une belle variété de genre qui sera pour beaucoup dans sa réussite. Bon, impossible de nier que la pop immédiate, furieuse et frénétique de Mountain est toujours un gros coup de cœur, mais c’est aussi quand le trio part dans de longues explorations complexes – comme sur un Move absolument parfait, qui frôlera les dix minutes – que Meatbodies impressionne.
Il faut noter, dans un registre plus léger, que Chad, taquin comme jamais, avait décidé que, ce soir, les mecs dans l’assistance devaient exposer leur ventre (supposé être bien rond du fait de la consommation de bière), et qu’il échouera largement dans ses tentatives répétées de nous transformer en un public US standard : comme quoi, même quand on partage les mêmes goûts musicaux, il y a des différences culturelles qui résistent ! Dernière tentative pour nous convaincre : il commence à jouer Seven Nation Army (sympa pour Jack White !), prouvant d’ailleurs qu’il n’a rien à envier en termes de maniement de la six cordes au guitar hero suprême de notre époque.
… Un set qui, comme d’habitude, sera bouclé en une heure (avec quand même un rappel en bonus…), et qui ne laissera personne frustré, cette fois. Un festival de guitare et une confirmation brillante des talents d’explorateur musical de Chad Ubovich, dans cette configuration en trio qui semble idéale pour lui.
On imagine qu’on se retrouvera en plein été dans deux ans, cette fois avec un nouvel album à soutenir !
Eric Debarnot
Romance : ![]()
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Meatbodies et Romance au Point Ephémère (Paris)
Production : Take Me Out
Date : mardi 11 août 2026
Leur dernier album :
Meatbodies – Flora Ocean Tiger Bloom
Label : IN THE RED
Date de sortie : 8 mars 2024
