Poursuivant exactement dans la voie tracée par son envoûtante première saison, la suite de Sugar ne peut que décevoir, répétant les mêmes idées avec un peu moins de talent et de brio. Reste l’intrigue « de fond », qui pose des questions intéressantes, et pourrait emmener la série vers quelque chose de différent.

On se doutait bien qu’il serait difficile à Mark Protosevich et à ses scénaristes de donner une suite à la très belle réussite qu’avait été la première saison de Sugar, qui aurait mérité de ne rester qu’une mini-série, et qui aurait alors frôlé « l’inoubliable ». Ne cachons pas notre déception : pour cette seconde saison, ils ont choisi la voie la plus « simple », donc la moins courageuse, celle de refaire exactement la même chose – le « twist qui tue » en moins, évidemment. Et ils sont tombés dans le piège inévitable du « la même chose, oui, mais en moins bien… ».

On retrouve donc ici le magnétique John Sugar, au charme irrésistible, à la suavité délicieuse, littéralement « d’un autre monde », menant une nouvelle enquête, tout en se posant des questions existentielles quant à sa propre nature, et à la manière dont son « assimilation » dans la société californienne – son goût du luxe, son niveau de corruption profond, son absence de morale et ses excès de violence – le change lui-même… En dépit de son ancrage moral dans une « autre culture », qu’il renforce en visionnant des films hollywoodiens classiques, des films noirs en particulier.
On retrouve un Colin Farrell savourant son rôle « sophistiqué » – mais peinant désormais à enrichir son personnage -, un rythme indolent bien agréable qui tranche avec le tout-venant du thriller US, une mise en scène soignée (même si le départ de Fernando Mirelles, remplacé par des tâcherons de la série TV, se fait logiquement sentir)…
Le problème est que, contrairement à ce qu’il craint, John Sugar n’a pas évolué d’un iota, et que l’enquête qu’il mène cette fois est beaucoup moins intéressante que celle de la première saison, même si elle est « actualisée » avec une histoire de fraude aux subsides de l’état, sur le dos des SDFs de Los Angeles. Et le fait de rajouter une histoire d’amour élégante avec une mystérieuse femme fatale, dont on peut prédire, sans risquer de se tromper, l’issue, n’ajoute rien à la construction du personnage. Sans doute aurait-il fallu que cette liaison soit un peu moins chaste à l’écran, plus explicite, pour que la question de « l’assimilation », aux pratiques amoureuses et sexuelles locales pour le coup, soit illustrée de manière plus stimulante. Mais, comme on est aux USA, c’est évidemment l’usage de la violence qui sert de marqueur – très ordinaire, pour le coup – comportemental !
Il reste « l’histoire de fond », le fil rouge de la série : la disparition de la sœur de John Sugar. Sur ce point-là, on a l’impression que Protosevich, en bon Californien libéral, a décidé d’être un peu plus audacieux, en introduisant un discours clair sur le changement climatique. Pourquoi pas ? Malheureusement, une analyse objective du dernier épisode de la saison, celui qui relance les enjeux de la série, nous autorise à pointer une idéologie beaucoup plus réactionnaire dissimulée derrière les préoccupations « écologiques » du scénario : car finalement, il réitère la vieille antienne de la science et la technologie qui pourront, comme par miracle, sauver la planète, ce qui nous dédouane tous de changer quoi que ce soit à notre mode de vie. Sans même parler du fait qu’on peut – mais nous sommes là sans doute à la limite de la mauvaise foi – lire l’une des dernières phrases prononcées dans cet épisode comme une affirmation de la crainte du « grand remplacement » !
Tout cela pour dire que, après cette déception, la troisième saison de Sugar aura l’opportunité, non, aura le devoir, de rectifier le tir en emmenant son héros charmant, nostalgique et assoiffé d’empathie et de bonté « humaine », vers d’autres horizons, plus stimulants.
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Eric Debarnot
