Michael Conrad et Noah Bailey livrent une thriller ensorcelant qui débute par un mauvais rêve, un cauchemar éveillé, avant de jouer sur la confusion entre réalité et rêveries, la manipulation des rêves par des intrusions psychiques, gare à la paranoïa.

Ginn, une jeune étudiante, est perturbée par une succession de rêves malaisants, or tous intègrent un personnage qu’elle n’a jamais rencontrée. Elle espère trouver une réponse en répondant à une singulière annonce : « Avez-vous rêvé de cet homme ? », l’affiche étant accompagnée du même visage. Elle ne serait donc pas la seule à rêver de cet inconnu ? Deux scientifiques tentent alors de la rassurer : l’intrusion serait liée à un programme, expérimental, de publicité.
Le scénario de Michael Conrad est diabolique et demande au moins deux lectures pour être, non pas compris car la fin restera ouverte, mais apprécié. Soumise à des cauchemars persistants et à une manipulation de ses rêves, Ginn perd pied. Confusion entre réalité et songes, perte de repères, intrusions psychiques, paranoïa croissante, vous avez tous les ingrédients d’un scénario terrifiant qui marche sur les brisées du grand Philip K. Dick. Pensez à Simulacres, Substance mort ou, surtout, à Ubik.
Or les rêves de Ginn, de « l’homme du rêve » et d’un gamin s’entremêlent. Qui rêve ces rêves ? Il semblerait que les rêveurs se perdent dans l’entre-rêve, à moins de trouver une issue, un « trou de lapin ».
« Un trou de lapin ? je croyais que j’étais réveillée ?
J’aimerais qu’on le soit.
Parfois j’ai l’impression de l’être, et puis voilà.
Mais maintenant, je ne me souviens jamais d’être réveillé…
… Et je sais que je ne rêve jamais.
Donc je me demande s’il m’arrive d’être éveillé… »
Pour son premier album, le dessin très personnel de Noah Bailey surprendra. Son trait épais et oppressant ne cherche pas à magnifier ses personnages, mais à nous entrainer le plus loin possible dans leurs psychés, toutes passablement ébranlées. Seuls les rêves du gamin sont plus colorés et ses personnages tirés de cartoons… Peu de couleurs donc, mais du crayon, de l’encre noire et des lavis qui débordent souvent de leurs cases.
Mais, les manipulations de rêves ne sont-elles que destinées à nous faire acheter un sweat à capuche ou un cheeseburger… Qui contrôle les savants ? Qui finance cette expérience… Qui se cache derrière « l’homme du rêve » ? Qui pourrait être le rêveur en chef ? Lisez cet album et vous ne rêverez plus jamais avec la même insouciance… Vous voilà prévenus.

Stéphane de Boysson
Une petite dose de tremblement
Scénario : Michael Conrad
Dessin : Noah Bailey
Éditeur : 404 Editions
140 pages – 22,50 €
Parution : 21 mai 2026
Une petite dose de tremblement — Extrait :

