Sept albums en plus de trente ans, un premier disque en dix ans : les Écossais de Trashcan Sinatras ne sont pas vraiment prolifiques, mais leur discographie reste irréprochable. La sortie de ce nouvel album a été marquée par le décès concomitant de leur guitariste John Douglas. Si ce disque devait être leur dernier, il leur permettrait de conclure leur carrière sur une excellente note.

Difficile de faire abstraction du contexte entourant la sortie de cet album : nous avons appris quelques jours plus tard le décès de John Douglas, guitariste, chanteur et compositeur du groupe. Autour de Francis Reader au chant, les Trashcan Sinatras réunissent également Paul Livingston à la guitare, Stephen Douglas à la batterie et au chant, ainsi que Davy Hughes à la basse, sans le moindre changement de personnel depuis leurs débuts et la sortie de Cake en 1990. Ce disque étalon a posé les bases de la carrière d’un groupe associé à une pop élégante, à de jolies harmonies et à des guitares aux arpèges cristallins, dans le sillage de leurs compatriotes de Teenage Fanclub ou des Go-Betweens. Cette nouvelle livraison intervient dix ans après Wild Pendulum, qui les avait vus s’essayer à des orchestrations plus riches ; avec Ever the Optimist, c’est un Trashcan Sinatras plus classique que nous retrouvons, dont le titre résonne de façon paradoxale.
La chanson-titre ouvre le disque et l’on y retrouve instantanément le style caractéristique du groupe : une pop ouvragée et mélodique, portée par la voix de Francis Reader, à laquelle les années ont donné une chaleur et une expressivité nouvelles.
Games for the ZX Spectrum convoque les souvenirs d’adolescence et les années 80, qui ont vu l’avènement de l’informatique grand public. La référence aux jeux agit comme un marqueur affectif et nostalgique, même si, de façon étonnante, il n’en est pas fait état dans les paroles : le titre ne parle donc pas explicitement du célèbre micro-ordinateur qui a eu un gros succes dans les années 80 au Royaume-Uni ; le lien se fait plutôt par association, comme une madeleine technologique rappelant le passage du temps. Bad Husband bénéficie de la présence de Tracyanne Campbell, voix de Camera Obscura, autre groupe de la scène pop écossaise. Le morceau joue sur un contraste savoureux entre aveu domestique, humour discret et douceur mélodique, dans un esprit qui peut évoquer Belle and Sebastian, avec qui les Trashcan Sinatras partagent une évidente prédisposition pour l’élégance pop. On ne sera donc pas surpris que The Bitter End ne soit pas une reprise de Placebo. Premier single éclaireur sorti en février, le morceau s’impose comme l’une des réussites majeures de Ever the Optimist : sa simplicité, son évidence mélodique et cette manière de conjuguer mélancolie et lumière donnaient déjà le ton de l’album.
A View from Nowhere met davantage en avant la voix mélancolique de Francis Reader, dans une veine qui pourrait parfois évoquer le Nada Surf le plus délicat, avec le même sens de la mélodie évidente. Ce n’est pas le titre le plus marquant du disque, mais son charme se diffuse progressivement au fil des écoutes. Le groupe accueille ensuite Green Gartside, figure de Scritti Politti, sur Hold On to Today, pour une touche plus aérienne et délicate. Ce titre, qui évoque la nécessité de s’accrocher au présent, prend un relief particulier avec la disparition de John Douglas.
Après ces deux morceaux langoureux, The Associated Funk relance l’album avec davantage d’énergie. Que l’on ne s’y trompe pas : le groupe ne se lance pas dans le funk et reste fidèle à ses standards habituels, même si c’est probablement le titre le plus rock du disque. Cette vigueur est bienvenue après un milieu d’album plus assoupi. Rome s’inscrit quant à elle dans une veine plus cinématographique et s’aventure sur le terrain lent et contemplatif de The Blue Nile, avec un remarquable travail des guitares.
Pour ceux qui, à ce stade, auraient encore des doutes sur la place que l’histoire réservera à ce disque, Melodramatic se charge de les lever totalement : c’est un titre lumineux, appelé à trouver sa place parmi les meilleures compositions du groupe. La mélodie est d’une évidence totale, le refrain se mémorise instantanément et les arpèges de guitare font le reste. Un vrai tube en puissance, qui rappelle par endroits la fraîcheur des premiers disques et que peu de groupes peuvent se targuer de sortir à ce stade de leur carrière. Birds I Couldn’t Identify marque moins les esprits. C’est un nouvel exemple du talent des Trashcan Sinatras pour trousser de jolies chansons pop, mais il souffre d’être placé entre les deux meilleurs titres du disque.
Learning to Love Your Ghost referme l’album sur une note émouvante qui résonne bien entendu à la lumière de la disparition de John Douglas, même si nous n’en ferons pas une lecture trop littérale. Le titre ne mentionne pas aussi explicitement le décès de leur guitariste qu’une autre histoire de fantômes, Ghosts Again de Depeche Mode, ne le faisait avec celui d’Andy Fletcher. On peut y voir plus globalement des allusions à l’apprentissage de la perte et de l’absence, sujets qui commencent naturellement à tourmenter les membres du groupe, tous désormais dans la soixantaine.
Malgré les circonstances et le passage du temps, les Trashcan Sinatras signent peut-être ici leur adieu le plus lumineux : un disque traversé par l’absence, mais encore porté par cette foi intacte dans la mélodie, comme si la beauté des chansons demeurait leur plus simple et leur plus émouvante manière de rester optimistes.
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Laurent Fegly
Trashcan Sinatras – Ever the Optimist
Label : TCS Recordings
Date de sortie : 31 juillet 2026
