Après le très surprenant Néandertal nu, Frédéric Bihel poursuit sa quête d’ancêtres avec le très beau Léon, un album consacré à son grand-père paternel.

En 2023, âgé de 60 ans, Frédéric Bihel hérite de deux petites boites d’archives laissées par son grand-père. S’il savait que ce dernier avait été marin, il ne l’avait connu que retraité. Léon avait conservé photos, poèmes, lettres, extraits de journaux et autres pièces administratives. Si Léon parlait peu de la guerre, il écrivait bien. Alors, après avoir lu l’ensemble, l’héritier a tenté deviner ce que le vieil homme avait voulu lui dire, ce qu’il tenait à lui transmettre. À lui, puis, par extension, à nous…
Frédéric Bihel nous livre le fruit de ses recherches. Curieusement, pour un marin, les papiers n’évoquent pas ses embarquements, mais les deux périodes, semble-t-il, les plus marquantes : sa formation initiale, puis la guerre, qu’il passa, pour l’essentiel, à terre.
Léon est entré à l’École des pupilles de Brest, à l’âge de 13 ans. Il quittera la Marine nationale, 35 années plus tard, comme maître principal et commandant d’un petit navire hydrographique.
Plus qu’une bande dessinée, Frédéric nous livre un récit illustré. L’objectif est ambitieux, comment, à partir d’archives, dessiner le portrait d’un homme pudique ? Souvent monochrome et souligné au fusain, le crayonné gris et bleu est précis, doux et rond. Son travail étonne par sa pudeur, sa sensibilité et son élégance. Il met en scène et contextualise, mais se garde d’extrapoler. Il dessine, mais s’interdit d’inventer. Il s’arrête sur les visages connus, laissant les autres en retrait. Il a l’ombre apaisante.
Le récit s’attarde sur son séjour en Angleterre. Léon sert alors sur le Maillé-Brézé, un navire dont le souvenir a charmé l’enfance de Frédéric. Comme celui un oncle lointain, son nom revenait dans les conversations. Le Maillé-Brézé explose dans le port de Greenock, en Écosse. L’accident stupide coute 26 morts. Après plusieurs jours, Léon reprend connaissance dans un hôpital. La correspondance entre Léon et Mouette, sa femme, est très belle. Frédéric identifie l’hôpital, le couple d’amis, puis le camp de prisonniers où il est interné. La roue a tourné. Après l’armistice signé par le maréchal Pétain, Churchill fait saisir ou détruire la flotte française. Rapatrié et démobilisé, Léon est contraint de trouver un emploi. Soutien de famille, Léon sera menacé par la STO, avant d’assister, d’un peu trop près, au Débarquement.
Par une très belle pirouette, l’album se clôt sur une échappée fantastique. L’extraordinaire figure du « Vautour du terre-plein » attend le vieillard. Frédéric replonge Léon au temps de l’enfance, comme un retour à l’École des pupilles…

Stéphane de Boysson
Léon, les écrits retrouvés de Pépé
Scénario et dessins : Frédéric Bihel
Éditeur : Futuropolis
176 pages – 23 €
Parution : 8 avril 2026
Léon – Extrait :

