Avec cette autobiographie, Marky (Marc Bell) Ramone raconte The Ramones de l’intérieur. La vie du groupe n’a pas été un chemin de roses, mais c’est aussi ce qui rend leur musique encore plus belle. Simple, directe, rapide, elle a été écrite par un groupe en tension permanente. Passionnant !

En 2016 (déjà) paraissait en français l’autobiographie de Marc Bell, aka Marky Ramone, batteur emblématique de ce groupe emblématique que sont les Ramones. Punk Rock Blitzkrieg: My Life as a Ramone est republié en ce mois de juin 2026 en format poche. Un format particulièrement agréable : un livre épais, assez dense, mais qui se glissera sans difficulté dans un tote bag — siglé Ramones, évidemment — et qui sera une lecture passionnante pour l’été. Ou, au moins, pour un petit bout d’été, parce que le livre se lit comme on écoute un morceau dudit groupe : à 200 à l’heure. Blitzkrieg.
Cela tient au genre : une autobiographie ! Pas une réflexion de doctorant en musicologie. Pas une histoire élégante, distanciée et froide. Pas l’histoire d’un groupe, pas l’histoire d’un genre. Mais une histoire personnelle, celle d’un acteur majeur d’un groupe majeur, avec sa force et son énergie, ses anecdotes et histoires de tournées, ses souvenirs d’enregistrements en studio. Et ça, franchement, ça n’a pas de prix.
D’autant que ce n’est pas seulement la vie de Marky Ramone et des Ramones à laquelle on a droit. C’est aussi celle de Marc Bell, sa jeunesse dans un milieu populaire de Brooklyn, ses conneries de gamin, d’adolescent, ses difficultés à l’école et sa découverte de la batterie alors qu’il a à peine plus de 10 ans — à cette époque, on était ado un peu plus tard qu’aujourd’hui. Imaginez : un gamin qui veut jouer de la batterie, que ses parents laissent faire, encouragent, et à qui ils permettent d’installer tout le matériel nécessaire dans sa chambre, au rez-de-chaussée de l’immeuble où ils habitent. Les voisins… Je sais, j’en ai un qui joue de la batterie !
Cette partie-là du livre est passionnante, que vous aimiez ou non la batterie. Marc Bell explique comment il a appris, en écoutant, comment il a compris l’importance de cet instrument dans un groupe, son rôle de régulateur. Il raconte les premiers concerts, l’évolution et surtout la progression — Dust, Wayne County, les Voidoids — jusqu’au moment où Marky remplace Tommy (Thomas Erdelyi) derrière les fûts des Ramones. On est à la page 200 sur 560) ! Et ensuite, il y a sa vie après les Ramones, quand Marky arrête de boire et travaille dans le bâtiment… Donc, même si le titre ne laisse pas trop de doute, Punk Rock Blitzkrieg. Ma vie chez les Ramones ne parle pas que de la vie de Marky Ramone chez les Ramones. Toute une partie du livre parle de cette scène new-yorkaise qui est en train de se construire, de tout un tas de musiques qui se mélangent. C’est beau, c’est créatif : une scène émerge. Mais dans la douleur. C’est intéressant : que ce soit la littérature, la peinture ou la musique, les « scènes » qui deviennent des marqueurs fondamentaux de l’histoire de l’art sont souvent nées dans la misère, la pauvreté, les rivalités, les tensions. Marky Ramone rend tout ça très bien.
Et puis il y a 1978. Le groupe a déjà enregistré 3 albums. Tommy – selon Marky lui même – a fait un travail remarquable — « il leur a donné ce dont ils avaient besoin. Il a contribué à créer un modèle pour trois albums à succès, des centaines de concerts et, plus important, un nouveau son. Il a posé les fondations et je lui en étais reconnaissant, je pouvais maintenant construire quelque chose par-dessus ». Il adopte le nom de « famille », se cherche un prénom en « i » ou « y » et devient le nouveau métronome du groupe. Membre et pourtant avec une sorte de position extérieure conférée par son histoire. Et il en fait pour supporter ce qui se passe. Dee Dee (Douglas Colvin) et ses addictions. Joey (Jeffrey Hyman) et ses angoisses. Johnny (John Cummings) et ses tocs (comment il pliait ses vêtements dans la loge avant les concerts, au cordeau… pour le bassiste d’un groupe punk…). Les places attribuées dans le bus Ford Econoline qu’ils utilisent pour se rendre sur les lieux des concerts (et comment ils rentrent tous les soirs à la maison, quitte à faire des heures de bus, parce qu’ils sont « casaniers »…). John et Joey qui ne se parlent pas. Dee Dee qui essaie de poignarder Marky. On peut partager une certaine esthétique, un goût pour le même type de musique et ne pas être une communauté harmonieuse et pacifique. The Ramones, c’est une boule de tensions, de rivalités, de problèmes, de violences.
En fait, l’idée d’une « famille » Ramones n’est pas si mal trouvée : comme toutes les familles — comme tous les groupes de musique, non ? —, elle ne fonctionne que parce qu’elle dysfonctionne. C’est un peu comme le vélo : arrêtez de pédaler et vous tombez ; arrêtez les tensions et la dynamique disparaît. The Ramones fonctionnaient parce qu’ils étaient en mouvement permanent, sur le fil du rasoir. Ces tensions ne tiennent pas seulement aux personnalités et aux comportements, mais aussi au statut du groupe. Quand Marky arrive, le groupe n’est pas encore au sommet. Cela se met en place petit à petit. Tout ça rend les choses encore plus difficiles.
Mais tout cela n’est pas écrit pour juger, pour critiquer, pour régler des comptes. Honnête, direct, sans langue de bois, le livre n’est pas marqué par la rancœur ou la rancune. Peut-être parce que, quand Marky l’écrit, il est le survivant — Joey, Johnny, Dee Dee et Tommy sont déjà morts. Il témoigne d’une histoire à laquelle il a participé, à laquelle il a contribué. Il révèle les problèmes, y compris ses propres problèmes d’alcoolisme, dont il a réussi à sortir — survivant, donc, aussi, de l’alcool. C’est exactement cela, un témoignage personnel. Important à ce titre.
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Alain Marciano
