À l’été 1976, le festival Riviera 76 ambitionnait de devenir un Woodstock à la française. Mais entre une fréquentation décevante, une affiche moyenne et les pressions de la mafia varoise, le rêve tournera au désastre. Près de cinquante ans plus tard, un documentaire ressuscite les images oubliées de cet événement hors norme.

C’est grâce à la perspicacité du producteur Laurent Poudroux que ce documentaire consacré au festival Riviera 76 a pu voir le jour. Un festival imaginé par l’Américain Michael Lang, l’un des organisateurs de Woodstock quelques années plus tôt. Mais les imprévus, l’incursion de la mafia toulonnaise et une affiche qui n’était pas forcément à la hauteur des attentes ont transformé l’événement en un fiasco financier sans précédent. C’est cette histoire que raconte Christophe Duchiron dans Riviera 76, Woodstock oublié.

En tête d’affiche, Joe Cocker livrera une prestation pitoyable. Heureusement, Gil Scott-Heron, Betty Davis et les Français de Magma sauveront en partie les trois jours de festival. Mais leurs concerts ne suffiront pas à attirer le public espéré : quelque 25 000 spectateurs seulement feront le déplacement, alors que 100 000 étaient attendus.
Installé au Castellet, petite commune du Var, le festival prend place sur le site du circuit automobile appartenant à Paul Ricard. La perspective de voir d’importantes sommes d’argent circuler attire rapidement la mafia varoise. Son chef, Jean-Louis Fargette, en profite alors pour extorquer un montant considérable aux organisateurs. De quoi assombrir un peu plus un événement déjà mal engagé.
Cela ne suffira pourtant pas à entamer la bonne humeur de Michael Lang. Malgré le gouffre financier qui se creuse chaque jour davantage, l’organisateur américain conserve son flegme et son sourire de circonstance jusqu’à la fin du festival, qui sombrera rapidement dans l’oubli.
Quant aux bobines tournées pendant ces trois jours, elles devaient initialement servir au montage d’un film consacré au festival. Le projet ne verra jamais le jour, et les pellicules dormiront tranquillement pendant des décennies dans une cave parisienne.
Exhumées puis restaurées par l’INA, ces images témoignent aujourd’hui de ce que fut ce Festival, de cet été 1976, marqué par une canicule exceptionnelle, durant lequel des milliers de jeunes Français de tous horizons se sont rassemblés pour trois jours de musique qui devait être un Woodstock à la française.
Même s’il n’est jamais entré dans la mythologie des grands festivals, Riviera 76 restera, pour ceux qui y ont participé, un moment de communion collective inoubliable. Plusieurs d’entre eux, retrouvés pour l’occasion, livrent leurs anecdotes et leurs souvenirs. A l’image du journaliste Martin Meissonnier, présent à ce moment-là, tous gardent notamment en mémoire les prestations scéniques phénoménales de Betty Davis et de Magma, qui furent sans doute les véritables moments forts de ces trois jours.
Pour le jeune spectateur d’aujourd’hui, ce documentaire et ses images d’archives constituent un précieux témoignage sur une génération qui, dans les années 1960 et 1970, cherchait à bousculer les codes de la société. Les « babas cools », comme on les appelait alors en France, étaient en quelque sorte l’équivalent des hippies américains. Une jeunesse éprise de liberté, de musique et de nouveaux modes de vie, dont ces images ont conservé la trace.
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Benoit RICHARD
