Après avoir échappé à la mort, le narrateur regarde différemment sa vie. Il la perçoit désormais à travers des instants, en apparence anodins, qui lui en font ressentir le prix. Un petit livre sensible et joyeux qui nous incite à jouir du moment présent.

« Une idée m’a traversé l’esprit: il fallait que je devienne une sorte de collectionneur d’instants précieux ». Pourquoi, à l’approche de la cinquantaine, le narrateur a-t-il un jour décidé de se mettre en quête de ces moments, si ordinaires en apparence, qui font peut-être le sel de nos existences ? Rien d’original : le prix de la vie ne nous apparaît souvent que lorsque nous avons été près de la perdre. Et c’est ce qui vient d’arriver au narrateur, victime, le jour même pour son départ en vacances, d’une septicémie foudroyante. De même que la mort peut surgir de pas grand-chose – ici une banale coupure au doigt – de même la vie est- elle faite de ces petits riens que l’on ne sait pas toujours apprécier à leur juste valeur. Ou dont on ne songe pas, quand on est écrivain, à faire la matière d’un roman.
Exalter ces petits riens du quotidien est, me direz-vous, un exercice devenu commun – on ne manque pas de songer à Philippe Delerm et à sa Première gorgée de bière. Relève-t-il pour autant d’une béatitude cucul la praline ou d’un feel-good un peu gnan-gnan ? Pas forcément. Deuxième roman de Stephan Schäfer, Le Collectionneur d’instants précieux part d’ une expérience de la vulnérabilité qui change le regard du narrateur sur le monde alors que s’ouvre devant lui une interminable période de convalescence. Le voilà désormais attentif à ce qu’il vit : attendri par une journée passée en tête-à-tête avec sa belle-mère, par le rire de sa fille, par un café partagé avec un boulanger-pâtissier amateur de musique, par les retrouvailles avec de vieux amis quelque peu perdus de vue, par la redécouverte des petits mots, tendres ou désinvoltes, écrits pour lui par sa femme ou ses enfants.
Une vingtaine de courts chapitres comme autant d’ invitations à jouir de l’ordinaire de nos vies et à nous attarder sur ces instants qui nous font du bien et nous révèlent une part parfois ignorée des autres et de nous-mêmes. Chez Stephan Schäfer, en effet, ces instants sont toujours liés à sa relation à l’autre. Le meilleur qui puisse lui arriver est un moment de partage avec un être cher, voire avec un inconnu. Le pire est la fin d’une amitié. Le Collectionneur d’instants précieux est un petit texte sans prétention même s’il traite, au fond, du sens de la vie. Le texte d’un auteur qui n’a rien d’un donneur de leçons, qui se représente avec sa sensibilité, ses failles et ses tourments, avide de saisir une existence qui a failli lui échapper. Il est un roman humble et souriant que l’on referme empli d’une réconfortante douceur.
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Anne Randon
