Après Une histoire critique des États-Unis de James W. Loewen et Nate Powell, Steinkis poursuit sa déconstruction du mythe d’une Amérique heureuse et blanche.

Lors d’un contrôle policier de routine, sous les yeux de sa compagne, le jeune Philando Castile est abattu par un policier dans sa voiture. Il sera acquitté pour « doute raisonnable ». L’affaire déclenche des émeutes dans tout le pays. Bien que choqué, Ben choisit de détourner les yeux. Ben est un métis qui refuse de suivre Ronnie, son père, dans sa révolte. Excédé, ce dernier l’assomme. Le scénario bascule alors dans le fantastique. Ben remonte le temps. Il assiste, en témoin abasourdi, aux grands moments de la rébellion afro-américaine face à un pouvoir raciste, depuis le retour du Klu Klux Klan dans les années 1920 jusqu’à l’assassinat de Georges Floyd, un long cocktail de rage, de sang et d’amertume.
Ben Passmore évoque les grandes figures de Rosa Parks, Malcolm X et Martin Luther King, mais le scénario s’attarde sur des seconds rôles moins connus, mais peut être plus représentatifs. Ainsi, nous découvrons la résistance armée avec Robert Charles, Robert F. Williams (Republic of New Afrika) et Assata Shakur (Black Liberation Army), et les gangs de rue avec les Crips et les Bloods,
Si le dessin est simple et caricatural, les personnages sont reconnaissables et les décors juste posés, il est particulièrement créatif. En quelques cases noires, grises et roses, il parvient à mettre en scène l’injustice et la solitude, la peur et, surtout, un sentiment criant et croissant d’injustice.
Il se garde d’héroïser ses personnages. Il prend le temps de poser la situation, de mettre en scène l’iniquité. Afin de se faire entendre, certains prennent les armes. Ceux qui ne seront pas rapidement tués, seront condamnés à de très lourdes peines, souvent dans l’isolement le plus total.
Dans un second temps, Ben Passmore surprend ses lecteurs en insistant sur les faiblesses de ses héros, leurs jalousies et leurs vanités, les scissions entre les mouvements et les basses vengeances. Nous connaissions les militants black panther, marxistes ou musulmans, nous découvrons des organisations sectaires ou ésotériques comme le MOVE. Que les agents du FBI et du pouvoir aient exacerbé ces rivalités, c’est certain, mais ils ne les ont pas créées.
Quelques lecteurs en sortiront troublés. Pour autant, l’album mérite une seconde lecture et une abondante bibliographie viendra au secours des plus inquiets.
Au final, que nous dit le vieux Ronnie ? Contrairement à la vision mainstream, si la société américaine a fait de réels progrès dans l’intégration des minorités au XXe siècle, ce n’est pas par pure bonté des seuls Blancs, mais c’est le résultat de longs et violents combats menés par les militants afro-américains. Et, la lutte se poursuit.

Stéphane de Boysson
Une histoire des résistances noires américaines
Scénario et dessin : Ben Passmore
Éditeur : Steinkis
221 pages – 22 €
Parution : 6 juin 2026
Une histoire des résistances noires américaines — Extrait :

