Des voix, des bruits, des silences et une maison presque vide : avec Undertone, Ian Tuason fait naître la peur sans jamais vraiment la montrer. Une expérience sonore qui fonctionne bien, mais est finalement trahie par l’écriture du film.

Parce que c’est un film essentiel à notre culture cinéphilique, c’est le Blow Out de De Palma qui nous vient spontanément à l’esprit quand on pense à des films où le son est un élément essentiel du thriller. Ce n’est pourtant pas le premier film à travailler sur cette intuition que l’énigme d’un thriller, ou l’angoisse d’un film fantastique, peut être tout aussi efficace, voire plus même, quand elles sont véhiculées par le son plutôt que par l’image. Hitchcock (évidemment) l’avait expérimenté avec son Blackmail, Coppola aussi, bien plus tard, avec The Conversation. Depuis ces chefs-d’œuvre indiscutables, le cinéma, et le film de genre en particulier, a capitalisé sur ces intuitions : la liste est désormais assez longue, et comprend des réussites et des échecs, mais l’idée de transformer le son en « preuve » d’une réalité dont nous n’avons « l’image » a essaimé de manière féconde. C’est d’ailleurs avec deux très bonnes œuvres, The Guilty, un film, et Calls, une série TV, qu’une nouvelle étape a été franchie, puisque le son n’y sert plus seulement à découvrir une image absente, il devient lui-même l’image que le spectateur doit fabriquer dans sa tête…

… et c’est dans cette logique que s’inscrit Undertone, premier long-métrage à très petit budget d’un jeune auteur canadien, Ian Tuason. Il nous raconte l’histoire d’Evy (Nina Kiri, remarquable dans un rôle qui lui demande d’être seule à l’écran pendant une heure et demie), qui coanime un podcast consacré aux phénomènes surnaturels – pour lequel elle incarne la « voix de la raison », s’est installée dans la maison de son enfance pour s’occuper de sa mère qui est mourante. Avec son collègue Justin, avec lequel elle communique à distance via un système audio professionnel, elle écoute une série de dix enregistrements audio qui leur ont été envoyés via un mail anonyme. Peu à peu, ce qu’elle entend contamine sa propre réalité, et la ramène à ses propres difficultés avec sa mère très croyante, comme à son angoisse face à sa propre grossesse.
Tuason a compris que, pour qu’un tel film fonctionne, il faut évidemment un « sound design » parfait, et Undertone, qu’il faut absolument voir dans une salle très bien équipée au niveau sonore. Mais il a eu aussi l’intelligence d’appliquer cette approche d’une technique remarquable à la photographie, à la mise en scène et au montage, réalisant ainsi une œuvre qui impressionne par sa maîtrise. Au delà du son, principal vecteur de la peur, tout concourt parfaitement à construire une atmosphère terriblement anxiogène, qui, pendant la première moitié du film, nous laisse penser que nous sommes devant un film majeur du cinéma fantastique contemporain.
Malheureusement, peu à peu, le film se défait, faute tout simplement d’un scénario qui fonctionne. Ce n’est d’ailleurs pas un problème de « matière », puisque, entre les « légendes urbaines » des chansons contenant des messages diaboliques que l’on découvre si on les écoute « à l’envers », et les thèmes psychanalytiques autour de la maternité, Undertone ne manque pas de sujets à traiter. Il est d’ailleurs rempli de figures de « mauvaises mères », de femmes qui tuent ou négligent leurs enfants, de mères absentes ou étouffantes, ce qui peut faire écho à des interrogations personnelles profondes de Tuason, le film ayant été tourné dans la maison de sa propre enfance. Malheureusement, il ne transforme jamais ces motifs en véritable réflexion sur la maternité, sur le deuil ou sur la condition humaine : Undertone promet bien davantage thématiquement qu’il ne nous donne réellement, ce qui entraîne une déception très forte, en particulier avec un dernier acte qui retombe dans les stéréotypes du film d’horreur.
Undertone, loin du triomphe minimaliste que la critique US semble y voir, n’est que le film d’un jeune auteur – prometteur, indiscutablement – qui applique de manière techniquement remarquable le vieux principe que la peur naît moins de ce que l’on voit que de ce que l’on imagine… Mais qui se retrouve finalement pris à son propre piège : lorsqu’il lui faut expliquer ce qu’il avait si brillamment suggéré, et laissé dans l’ombre, son film ressemble à une simple baudruche qui se dégonfle piteusement.
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Eric Debarnot
Undertone
Film canadien de Ian Tuason
Avec : Nina Kiri, Michelle Duquet
Genre : épouvante / horreur
Durée : 1 h 34
Date de sortie en salle : 12 août 2026
