Mélanie Sadler raconte avec talent la vie passionnante de Séverine, une des premières femmes journaliste qui a chroniqué la période bouillonnante de la fin du XIXème siècle. Féministe et engagée, elle a combattu le patriarcat. Son talent lui a permis d’ouvrir la voie aux femmes et de faire entendre leur parole.

Séverine est un pseudonyme. Elle a même débuté sa carrière en signant ses articles sous le nom de Séverin, tant les femmes étaient cantonnées à leurs rôles de femmes au foyer, d’épouses et de mères de famille. De son vrai nom Lise Rémy, celle qui a bousculé les conventions d’une société corsetée et a osé braver bon nombre d’interdits a été injustement oubliée.
En 1872, Line a seize ans et rêve de devenir comédienne. Née dans un milieu bourgeois, son père veut la voir devenir institutrice. Devant le refus catégorique de sa fille de se plier à ses exigences, il la marie à un rustre. Après une année passée sous le joug de ce mari autoritaire, elle s’enfuit du foyer, confie son fils à une nourrice et trouve refuge chez ses parents, bien obligés de l’accueillir tant ils constatent les mauvais traitements qu’elle a subis. Son père entamera même les démarches pour que la séparation de corps et de biens aboutisse. La seule condition est qu’elle renonce à la garde de son fils. Devant contribuer à l’économie du foyer paternel, elle devient lectrice d’une riche dame d’origine suisse. Elle y rencontrera Adrien, le fils de la famille, scientifique aux idées modernes qui lui permettra de travailler au sein du journal Le cri du peuple, fondé par Vallès. Elle a un fils avec Adrien. Mais le divorce n’étant pas encore autorisé, elle ne sera pas reconnue comme sa mère. Elle s’affranchit de ses obligations maternelles en réponse au refus de la société de lui autoriser le divorce d’avec son époux officiel.
En 1884, Séverine passe son temps au journal, écrit des articles, participe aux réunions de la rédaction. Evidemment, ce n’est pas du goût de ses confrères de voir une femme soumettre des idées et rédiger des articles pertinents qui appellent la société à se battre contre les inégalités envers les femmes et la classe ouvrière.
Elle rencontre dans un des salons qu’elle fréquente une actrice, aussi impertinente qu’elle, Marguerite. Elles fonderont ensemble le premier journal entièrement tenu par des femmes, des typographes aux journalistes, La fronde. Beaucoup d’hommes essaieront de les faire taire, ce sera sans compter leur ténacité. Elles croient en ce qu’elles font et elles le font bien.
Dans Le bureau des audacieuses, Mélanie Sadler nous fait rencontrer Vallès et Zola, nous chronique l’affaire Dreyfus depuis le scandale jusqu’au procès, nous accompagne dans les salons bourgeois et dans les premiers congrès féministes.
Mélanie Sadler nous livre un récit romanesque tout en retranscrivant des écrits de l’époque qui contextualisent la vie de Séverine. Cette chronique féministe est riche d’enseignements et montre à quel point certaines et certains se sont battus pied à pied avec les nantis pour grapiller des droits au profit de la classes ouvrière, des enfants et des femmes.
« J’ai lutté, j’ai prouvé. Et, dès le début, j’ai soutenu en toute occasion la cause des femmes. J’ai soutenu tout effort féminin, la solidarité entre nous me paraissant chose due.
Alors, vous comprenez, j’ai un peu le sourire quand des jeunes femmes m’interpellent sévèrement : « Êtes-vous féministe ? »
Trente-six ans de journalisme où j’ai toujours défendu la femme et ses droits, me confèrent le privilège un peu mélancolique de répondre : « Je l’étais bien avant vous ! »
[…] Tout mon féminisme tient en deux mots : Justice, d’abord ; et puis tout de suite, bien vite, Tendresse. »
Le bureau des audacieuses est passionnant, vivant et engagé.
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Caroline Martin
