1998 marque le retour de KIM avec l’un de ses multiples projets, sous le pseudonyme de Marc Hibo. Loin d’être l’une de ces plaisanteries dont il a le secret, voici un beau disque rêveur qui nous fait voyager vers la fin des années 90…

Avez-vous déjà entendu parler de Marc Hibo ? Peut-être lors de la sortie de son album Banjo Geek Propaganda l’année dernière, qui avait attiré l’attention de la critique musicale française avec, je cite, son « mélange banjo / électronique / ambient / krautrock » de « folk geek » ? Cette fois, malheureusement, 1998, sorti au milieu du désert estival, est passé inaperçu : il est temps de corriger cette injustice !

Marc Hibo est l’un des nombreux avatars sous lesquels travaille Kim Giani, musicien protéiforme à la créativité semblant parfois illimitée (essayer de recenser la totalité de sa production musicale durant toute sa carrière est un défi que peu auraient l’audace de relever…). Il explique lui-même la genèse de ce projet – dont le nom est un jeu de mot avec le nom du guitariste Marc Ribot : « En 2016, je voulais enregistrer un disque entier avec un E-Bow, un appareil qui permet de faire vibrer les cordes sans les toucher. Après cet album, j’ai eu envie d’avoir un personnage qui axe ses enregistrements sur la guitare. » S’ensuit toute une collection d’albums instrumentaux, explorant divers genres musicaux, jusqu’à ce que Kim, arrivé au huitième, ressente le besoin de chanter sous ce pseudonyme, « avec une voix pas du tout maquillée, naturelle ». Pour 1998, il est a de plus retrouvé des envies de post-rock qu’il avait mises de côté depuis des années. Quand on lui demande pourquoi ce titre, faisant suite à son 1996 (2025), inscrivant l’album dans une décennie du siècle dernier, il évoque « l’envie d’un triptyque qui [le] renvoie à ces années-là, durant lesquelles [il] avait très envie de jouer une sorte de post rock chanté, alors qu'[il] Je faisait d’autres choses musicales à l’époque« . Il est donc question ici de rattraper le temps perdu, de créer enfin une musique aux couleurs qu’elle aurait dû avoir en 1996, en 1998 et… La photo choisie pour la pochette, avec son style « normcore », renvoie également à cette époque.
Dès le premier titre, Greatest Hit, la magie opère : le projet prend forme d’une manière assez inattendue, voire inespérée, de la part d’un musicien dont on connaît plutôt (et aime) les tendances à produire vite beaucoup de musique, privilégiant des concepts forts parfois au détriment de la qualité de la « finition ». Là, tout paraît superbement en place, le vibrato de la guitare et le chant délicat, la finesse de la mélodie , avec un soin précieux apporté à l’assemblage final (Comme la plupart du temps sur ses albums, Kim, homme-orchestre accompli, joue tous les instruments).
1998 est largement un album atmosphérique, proche parfois de la dream pop, mais comporte une paire de courtes « accélérations », comme Home ou axes and blood, plus proches du rock shoegaze. Cabaret est peut-être l’un des plus beaux morceaux composés ces dernières années par Kim – et dieu sait si son œuvre est riche !
Il est dommage que, dans sa deuxième partie, le projet se délite un peu, perde de sa substance, en particulier sur l’enchaînement before (part 2) et before (part 3). L’explication de ce sentiment d’affaiblissement est simple : la voix, qui s’est faite plus rare, nous manque.
Du coup, on attend avec beaucoup d’impatience le troisième volet de ce triptyque, qui nous a déjà dévoilé une facette nouvelle de ce musicien étonnant et singulier qu’est Kim Giani.
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Eric Debarnot
