« Chante Méchante » de Guillaume Sire : Les mémoires d’une menteuse

Malade et condamnée, Léonie Dantin pourrait chercher la rédemption. Elle préfère régler ses comptes avec son passé. Dans Chante méchante, Guillaume Sire livre le portrait ambigu d’une comédienne menteuse et manipulatrice, incapable de devenir soudainement une meilleure personne.

Guillaume Sire
© Pierre Beteille

Je bizute la rentrée littéraire avec ce roman qui met en scène Léonie Dantin, une comédienne habitée par une méchanceté aussi revendiquée qu’innée. Désolé, Rousseau, les hommes et les femmes ne sont pas toujours bons par nature. À la lire, son existence peut se résumer à une litanie de provocations, de mensonges et de manipulations. Elle en fait un art de vivre et de jouer. Lorsqu’elle apprend qu’elle souffre d’une maladie incurable, Léonie interprète cette condamnation à mort comme une punition méritée pour tout le mal qu’elle a fait subir autour d’elle. Notamment à Antoine Besançon, un artiste qu’elle a follement aimé et détruit. Au lieu de chercher à se soigner ou de se repentir, l’exubérante actrice abandonne mari, enfants, planches et caméras pour Guernesey. Elle ne souffre pas du syndrome Victor Hugo mais elle compte retrouver sur place cet ancien amour exilé, l’homme qui ne rit plus, et se confronter à son passé. Son dernier rôle, son dernier jour de la condamnée. Comme la contemplation des goélands sous la pluie peut rapidement inspirer l’ennui mais aussi quelques illuminations, c’est l’occasion pour cette dame de Paris de fienter les mémoires d’une misérable.

Chante-MechanteGuillaume Sire m’avait habitué à des récits plus romanesques dans ses deux derniers récits (« Les contreforts » et « les grandes patries étranges ») qui rappelaient un peu ceux de Jean Baptiste Andrea par la fluidité du style et la place centrale occupée par des enfants aventureux dans un monde hostile.
Ce dernier roman est beaucoup plus introspectif. Chante méchante n’est pas un roman sur la maladie dans lequel au bout du bout, pour se rassurer et anesthésier sa finitude, l’amour s’avère plus fort que la mort. Leonie ne se raconte plus d’histoire à force d’en raconter aux autres. Ce texte tient plus du solde de tout compte, sans fioriture et sans bande originale avec des violons qui chouinent pour le retour de Céline Dion, que de la recherche d’une rédemption pour l’extrême onction.

La vraie question du roman est ce que nous faisons de nos fautes irréparables qui deviennent les épaves encombrantes de nos consciences. Pour les plus jeunes, c’est la boule de glace qui tombe du cornet avant d’avoir pu commencer d’être léchée… en plus grave.

Ce que ce roman perd en péripéties, il le gagne par contre en ambigüité car avec une actrice mytho comme narratrice, le lecteur ne sait jamais trop ce qui relève du souvenir sincère, de l’imagination théâtrale ou du fantasme. Les mémoires d’une menteuse sont aussi fiables que celles d’un homme politique. Ils ont le testament qui ment. J’ai apprécié que Léonie ne devienne pas par miracle lourdingue (ou lourdais) une bonne personne parce qu’elle renifle le sapin. Cette absence de transformation morale simpliste rend le personnage peut-être moins attachant et sympathique mais plus complexe, sans nuire à la dimension existentielle du propos.

Au final, j’ai trouvé ce roman intriguant, bien construit et original mais il est carencé en sympathie en raison du caractère peu aimable de son personnage. Aucun risque de trop s’apitoyer sur son sort. Elle ne veut pas inspirer la pitié. C’est réussi. Un peu plus d’interactions avec les autres personnages filtrés ici avec des lunettes à éclipse sentimentale aurait peut-être rendu le texte un peu moins étouffant et aéré cette aventure intérieure.

Pour finir sur une note optimiste et m’ôter un brin de culpabilité pour ce billet nuancé, comme disait Victor dans sa barbe, à Guernesey : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. »

Olivier de Bouty

Chante-Mechante
Roman de Guillaume Sire
Editeur  : Calmann-Lévy
160 pages – 18,50 €
Date de parution : 19 août 2026

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