« Tuer le vieux », de Daria Marx : peut-on se défaire de l’inacceptable ?

Daria Marx ne mâche pas ses mots : pour son premier écrit, elle impose son style trash pour décrire la violence qu’a subie la narratrice quand elle était pré-adolescente. Des violences sexuelles répétées avec son grand-père lors des traditionnelles vacances familiales d’été chez lui, au pays Basque. Évidemment, comme beaucoup de victimes, elle n’arrive qu’aujourd’hui à mettre des mots sur ce traumatisme et ce choc psychologique qu’elle ne peut complètement effacer.

Daria Marx (c) Céline Nieszawer – Éditions Flammarion

Ce court roman démarre par l’échec de la plainte déposée par cette jeune femme, qui se solde par une annulation de sa démarche par manque d’effectif administratif. Animée par une force soudaine et probablement un total ras-le-bol, elle décide de prendre un train direction son ancien agresseur, ce « vieux à tuer ». C’est donc toute cette journée de transport à imaginer comment supprimer ce membre de la famille qui lui a fait tant de mal, qui constitue le squelette du livre. Les souvenirs, les moments brefs mais insoutenables de ces étés qu’elle n’aimerait ne pas avoir connus, la rancœur, la colère, l’horreur de ces acte passés, tout est malheureusement indélébile : Daria Marx n’épargne rien ni personne et nous plonge dans les pensées vengeresses, mais aussi les images insoutenables que cette jeune fille n’arrive plus à oublier.

Autant prévenir le futur lecteur : Tuer le vieux  peut être une épreuve car la crudité des mots donne souvent la nausée, mais semble évidemment nécessaire pour comprendre la violence et le ressentiment de la narratrice. On pourrait rapprocher cet ouvrage de Triste tigre de Neige Sinno, qui essayait d’analyser ce qui se passait dans les psychés d’une victime sexuelle et de son bourreau. Ici, elle ne cherche pas à comprendre pourquoi son grand-père agissait de la sorte, elle cherche juste à trouver des issues pour résorber les trous traumatiques et donner une voix engagée et violente pour que plus personne ne se taise.

Va-t-elle retrouver son agresseur au bout du voyage ? Le tuer pour en finir ? Nous laisserons évidemment la réponse en suspens mais au final, est-ce le plus important ? Tuer le vieux ne veut pas se taire face à l’infamie et au pouvoir de l’adulte incestueux sur l’enfant, il ose continuer, de manière extrêmement rude, à creuser ce sillon post-MeToo qui est au cœur de nombreux ouvrages récents. D’aucuns diront que le sujet semble rebattu, mais il n’en est rien : tant qu’il y aura des paroles qui seront étouffées, il faudra que ceux qui le peuvent gueulent encore plus fort. Pour ne plus jamais se taire.

Jean-françois Lahorgue

Tuer le vieux
Roman de Daria Marx
Éditeur : Flammarion
160 pages, 18€
Date de parution : 19 août 2026

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