« La maison d’été » de Masashi Matsuie : manifeste de la beauté

La maison d’été est un merveilleux roman qui raconte le Japon moderne des années 80. Masashi Matsuie a écrit un roman d’apprentissage plein de poésie, s’attachant à décrire la beauté de la nature et de l’architecture, tout en construisant une intrigue avec des personnages profonds. Plus d’une décennie après sa parution au Japon, les lecteurs français ont enfin la chance de le découvrir.

Matsuie Masashi
© Taro Terasawa

La maison d’été est de ces romans que l’on déguste, que l’on savoure sans se presser. Masashi Matsuie prend le lecteur par la main et le fait voyager dans le Japon du début des années 80. Durant ces années, la culture occidentale influence la vie nippone par la musique, la mode et l’architecture.

La-maison-d-eteLe jeune Tôru Sakanishi, tout juste sorti d’école, devient apprenti architecte dans la célèbre agence dirigée par Shunsuke Murai. Ancien disciple de Frank Lloyd Wright avant le déclenchement du conflit entre le Japon et les Etats-Unis durant la Seconde guerre mondiale, ce maître architecte a depuis réalisé des bâtiments emblématiques au Japon. Admirateur de ses réalisations, le jeune Tôru n’osait pas imaginer être recruté, même dans ses rêves les plus fous.

À l’été 1982, après quelques mois au sein de l’agence, Tôru accompagne certains des employés les plus expérimentés dans la villégiature de l’agence. Ils quittent la ville de Tokyo, écrasée sous la chaleur, pour la fraîcheur des montagnes. Comme chaque année, ils déménagent les bureaux dans La maison d’été située à Kita-Asama, au pied du volcan Asama. Cette maison a été conçue par Shunsuke Murai dans les années 60. En plus de ses collègues, la nièce du maître, Mariko, les rejoint. Cette dernière trouble Tôru, qui se sent maladroit et inexpérimenté face à cette jeune femme de caractère et pleine d’assurance.

Le travail ne manque pas : l’agence va concourir pour concevoir la bibliothèque nationale. La retraite estivale devra permettre de voir aboutir le projet qui sera présenté. Entouré de ses collègues, Tôru découvre la haute exigence du métier et le pouvoir des détails architecturaux qui transforment un beau bâtiment en œuvre d’art. Les descriptions tout en délicatesse de poignées de portes, de lampes et de chaises apportent au récit la puissance d’un manifeste architectural pour le Beau. Une réflexion pertinente sur l’utilité de l’architecture et le caractère intemporel ou non des réalisations traverse le roman.

Masashi Matsuie fait preuve d’un immense talent pour les descriptions : les lumières des lucioles, le bruit sec de l’opinel qui taille les crayons papier, les cris des différents oiseaux, la description de leurs plumages, les craquements des bûches dans l’âtre, les détails architecturaux d’un bâtiment. Tous les sens du lecteur sont en éveil au fil des pages.

Mais La maison d’été n’est pas un roman contemplatif. Une intrigue délicatement construite se déroule au fil des pages. Tôru apprend au contact de ses aînés, il noue des amitiés et s’affranchit de barrières sociales. Il mûrit tant au niveau personnel qu’au niveau professionnel jusqu’à trouver sa place.

La maison d’été est un joyau de lecture à aborder délicatement. Vous serez séduits par la précision de l’écriture et la finesse des descriptions. La délicatesse traverse le roman et nous envoute.

Il faut aussi saluer le travail de traduction de Déborah Pierret-Watanabe qui réussit merveilleusement à retranscrire les émotions qui traversent La maison d’été.

Les Éditions du sous-sol nous séduisent encore une fois par la qualité de leur ligne éditoriale.

Caroline Martin

La maison d’été
Roman de Masashi Matsuie
Traduction du japonais par Déborah Pierret Watanabe
Editeur : Editions du sous-sol
448 pages, 24,90 euros
Date de parution : 27 août 2026

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