« Le Palais », de François-Henri Désérable : un goûteur prodige au pays des grands crus

François-Henri Désérable nous raconte destin hors du commun d’Arun, un petit Indien adopté par un couple de Bourguignons et devenu « palais absolu ». Un récit foisonnant, mené tambour battant, où le romanesque s’accorde magnifiquement avec la poétique de l’univers du vin.

François-Henri Désérable
Francesca Mantovani © Gallimard

À huit ans, Arun, adopté par un couple de Beaunois, quitte Delhi pour la France, où il arrive dans la nuit du 12 juillet 1998. C’est dans les cuisines du « Bon Gueuleton », le restaurant de ses parents, qu’il se familiarise en cachette avec les grands crus : on lui découvre alors un don exceptionnel lui vaudra plus tard le surnom de « palais de génie ». Du terroir bourguignon jusqu’à New York en passant par les bidonvilles de Delhi et les îles Marquises, l’histoire d’Arun se déploie sous la plume de François-Henri Désérable de rebondissement en rebondissement, tel un récit d’apprentissage foisonnant, traversé par une énergie contagieuse.

Le-PalaisSI le vin – le très bon vin – est au centre du roman de François-Henri Désérable, point n’est besoin d’être un connaisseur ou même un amateur en la matière pour s’intéresser au parcours d’Arun. Béotienne absolue, je me suis moi-même laissé emporter à la fois par la fiction dont le vin est l’enjeu et par l’univers poétique que l’auteur crée autour de lui par la magie des mots – certains ayant d’ailleurs été inventés pour l’occasion. C’est un regard à la fois amoureux, lucide et malicieux qu’il porte sur l’univers du vin – les terres, les chais, la fabrication des fûts, la production des grands crus mais aussi sur les critiques et les acheteurs. Un univers émouvant par la ferveur dont le vin est l’objet, par l’intégrité et la force de caractère de certains propriétaires de domaines, mais aussi impitoyable tant la vanité qu’il suscite dans un marché très concurrentiel peut conduire aux pires compromissions et bassesses.

Le Palais aussi est l’histoire d’une région, d’un vignoble, une histoire qui accompagnera l’apprentissage d’un petit garçon venu de très loin. Un milieu qui, de par ses origines, est au départ totalement étranger à Arun, mais que sa science du vin lui fera intimement connaître avant qu’il n’élargisse son champ d’action à d’autres continents. Goûteur exceptionnel, palais absolu, Arun suscite d’emblée l’étonnement et l’admiration mais aussi la jalousie des critiques professionnels, contraints de reconnaître sa supériorité. Un petit Indien ! C’est une révolution de palais ! Il en est ainsi de Michael Waterman, un Américain auteur d’un célèbre guide qui jouera un rôle déterminant dans la vie du jeune prodige, puis du milliardaire El Baresed qui, à New York, le prendra en sympathie. C’est lui qui l’introduira au sein de la très fermée confrérie des « Vilains Bonshommes » où il fera connaître d’exceptionnels millésimes des crus bourguignons.

Au cœur du Palais, une amitié : celle qui constitue le fil rouge du roman lie Arun à Margot, la fille du plus grand vigneron de la région. Après s’être fait le complice de ses bêtises enfantines, c’est en Margot qu’Arun trouvera son plus précieux soutien. Pourtant, il est foncièrement introverti, protégeant ses secrets vis-à-vis de tous. Son comportement nous paraîtra souvent étrange, comme s’il était enfermé dans une relation exclusive avec des crus mythiques. Archivées dans sa « cave intérieure », les dégustations d’Arun font de lui, au fil de son apprentissage, une véritable encyclopédie du vin qui repose sur un travail de mémoire extraordinairement précis. Une simple gorgée de grand cru le projette dans un paysage assorti de la référence d’une année et l’incite  à un véritable travail sur le langage pour nommer les arômes dans toutes leurs nuances, car « ce qu’on ne peut nommer, on finit par ne plus le sentir ».

Connisseur hors pair des grands crus, détenteur d’une cave exceptionnelle, Arun sera toujours au fond de lui l’enfant né dans un bidonville, vendu pour quelques roupies par sa mère. Celui qui, dans l’avion qui le conduit en France, cherche par le hublot l’endroit précis où s’arrondit la terre… Le Palais est un livre magnifiquement romanesque où François-Henri Désérable, en s’attachant aux pas d’un homme en quête de justice et de revanche, nous fait partager sa connaissance et son amour de l’univers du vin sans jamais paraître didactique. Mon coup de cœur de l’été !

Anne Randon

Le Palais
Roman de François-Henri Désérable
Éditions Gallimard
416 pages – 23€
Date de parution : le 20 août 2026

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