Sous la forme, somme toute classique, du road trip estival réunissant trois copains, Jim et Laurent Bonneau abordent avec finesse le deuil d’un père et le passage à l’âge adulte.

Trois jeunes Bordelais, trois copains membres d’un même groupe de musique amateur, rejoignent un été Saint-Jean-de-Luz. Même si le prétexte est sérieux, assister à la soutenance d’une amie, puis vider la maison du père, récemment décédé, de Mattéo, ils s’amusent. Entre fêtes de village et festivals, les nuits sont courtes sur la côte.
Le scénario de Jim prend son temps, le temps de camper ses personnages, de matérialiser leur amitié et de les insérer dans un contexte : l’été, la plage, les fêtes.
Si une bande dessinée mérite la qualification de roman illustré, c’est bien celle-ci, que ce soit pour son format généreux ou pour la qualité de ses dialogues et, plus subtil, de ses silences. Un bon roman se distingue par la richesse de ses descriptions, ici remplacées par des planches de dessins, et par la finesse des interactions créées entre les différents personnages. Ainsi, nous apprenons à connaître Victor, au cœur d’artichaud, Lennon qui vit de sa musique et Mattéo qui commence à régler ses comptes avec son père. Décédé trois mois plus tôt, il a refusé de se rendre à l’enterrement. Le défunt avait quitté sa mère alors qu’il n’avait que 5 ans et, depuis, n’avait jamais cherché à le revoir. Mattéo ne sait rien de lui et croit ne rien vouloir en savoir.
Le dessin très réaliste de Laurent Bonneau surprend par ses choix de couleurs, des ocres et de rares touches de rouges et de bleus. L’encrage est parcimonieux et ses ombres souvent charbonneuses. Il trace de grandes cases, trois ou quatre par page, privilégiant les plans rapprochés. Il pose un cadre contemplatif, qui nous entraîne dans leur histoire.
Les temps de vacances proposent des pauses, des échappées aux routines et aux règles, qui autorisent les débordements, les transgressions ou les éclosions. Les garçons vont affronter ensemble, puis séparément, rêves, peurs ou colères. La précisions des dialogues et la force de leur amitié nous font vivre leurs cheminements. Quand l’émotion risque de les emporter, Laurent Bonneau s’autorise de bienvenues échappées fantastiques.
Intrigué, Mattéo choisit de s’installer cette maison qu’il ne connaît pas. Au réveil, il découvre un simple post-it posé, à son intention, sur le miroir de la salle de bain : « Je suis toujours vivant. » Je vous laisse découvrir la suite.

Stéphane de Boysson
Les adieux ne durent jamais
Scenario : Jim
Dessin : Laurent Bonneau
Éditeur : Bamboo / Grand Angle
328 pages – 29,90 €
Parution : 1er juillet 2026
Les adieux ne durent jamais — Extrait :

