La dernière des Wilberforce raconte les liens qui se font et se défont au gré des étés sur une presqu’île battue par les vents. Julia Kerninon a construit un roman choral qui joue habilement sur les non-dits jusqu’au dénouement final. Frappées par une tragédie, deux familles se retrouvent après dix années de silence pour faire surgir la vérité.

© Dorian Prost
Julia Kerninon aborde dans La dernière des Wilberforce les thèmes qui traversent tous ses romans : la maternité, la famille, la place des femmes, l’écriture et la liberté. Par d’habiles aller-retours entre passé et présent, Julia Kerninon nous emporte sur cette presqu’île faite de dunes et de criques.
Cette presqu’île est d’ailleurs un personnage à part entière du roman, c’est ici que tout s’est joué. Vingt ans auparavant, Diane et Max Schnabel et leurs deux fils, Adam et Waldo, ont découvert l’unique hôtel du coin, tenu par Eva Wilberforce. Cette dernière a trois filles, dont deux du même âge que les garçons Schnabel, Annabel et Olivia.
L’amitié du quatuor ne se démentira pas au fil de dix étés idylliques, qui se déroulent au fil des chapitres comme des albums photos commentés par l’un ou l’autre des personnages. « Les jumeaux cosmiques » écument les rochers et les plages de la presqu’île. Entre les deux mères de famille, Diane et Eva, naît une sororité qui leur permet de se soutenir mutuellement dans leur rôle de femmes, d’épouse résignée pour Diane et de mère qui élèvent seule ses enfants pour Eva et de s’encourager à s’émanciper.
Les années passent, l’enfance laisse place à l’adolescence et à ses tourments. Annabel devient un électron libre, Adam est de plus en plus taciturne. Julia Kerninon transforme par des silences et des paroles d’apparence anodine, une ambiance estivale et légère en quelque chose de plus pesant et poisseux. Se jouent en coulisses des scènes que devine le lecteur. Les non-dits s’immiscent dans les comportements jusque-là sans fards entre les quatre adolescents.
Et un matin, la tragédie frappe les Wilberforce : le corps noyé d’Annabel est retrouvé sur la plage des Tirs, de l’autre côté de la presqu’île. Peu de jours après, c’est au tour des Schnabel d’être foudroyés : Adam s’est suicidé, sans laisser d’explications. L’enquête n’aboutira pas, la mort d’Annabel restera un mystère. Cette double perte signe la fin des étés sur la presqu’île.
Des années après la perte de son fils aîné, Diane a transformé la douleur du deuil en force pour écrire. Elle rencontre un succès inattendu et achète une grande maison sur l’île. Waldo a pris ses distances avec cette mère qui n’a pas su lui accorder la place qu’il espérait à la mort de son frère. Il cède malgré tout à sa demande de participer à cette soirée organisée dix ans après la disparition de son frère et d’Annabel.
Le développement de l’intrigue est excellent, mais j’aurais aimé passer encore plus de temps avec les personnages, notamment Waldo et Olivia. Sa précision d’écriture permet à Julia Kerninon de ramasser l’intrigue jusqu’à son point culminant. La tension rôde lors de cette fête qui n’est faite que de faux-semblants. Chacun des personnages aura un rôle à jouer, de manière volontaire ou non, pour faire éclater la vérité sur la mort des deux adolescents.
N’en disons pas plus pour les futurs lecteurs !
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Caroline Martin
