Dinosaur Jr – There Near : Toujours dans la zone de confort

Vous pensiez ne plus vous laisser avoir, oublier vos amours d’adolescence et tous ces groupes des 90’s ? N’avoir plus rien à attendre de J Mascis et Lou Barlow ? Et pourtant, vous allez bien en reprendre une louche, parce que There Near fait partie de leurs albums les plus savoureux.

Dinosaur Jr Photo Jeff Fowler
© Photo : Jeff Fowler

C’est toujours rassurant de se pencher sur un nouvel album de Dinosaur Jr. Aucun risque de voir surgir un changement de style radical qu’il faudrait digérer, et, en plus, généralement, la qualité est au rendez-vous.

On peut par contre décomposer leur carrière en trois phases. La première, de 1985 à 1988, durant laquelle le groupe, autour de J Mascis, Murph et Lou Barlow, démarre dans le punk et le hardcore avant d’inventer une fusion entre rock indé, metal et punk, avec solos de guitare, distorsion maximale et mur du son impressionnant, le tout culminant avec un Freak Scene qui rajoute une évidente dimension mélodique.

La deuxième, durant laquelle le départ de Lou Barlow va laisser Mascis seul maître à bord : quatre albums creusant encore le côté mélodique des titres, avec un son plus propre mais aussi des solos de guitare à rallonge l’éloignant du punk, jusqu’à l’impasse Hand It Over, en 1997, montrant pour la première fois une inspiration chancelante.

Et enfin, après une pause de dix ans, à partir de 2007, le retour du line-up d’origine pour des albums de synthèse, laissant une place aux compositions de Lou Barlow afin de faire contrepoint au côté de plus en plus prévisible de celles de Mascis. Le premier album, Beyond, est le plus réussi.

There Near est déjà le sixième de la période, succédant à un Sweep It Into Space qui, il y a cinq ans, nous avait laissé dubitatifs, tant l’absence de renouvellement de la formule commençait à se faire sentir, malgré un choix de producteur assez gonflé en la personne de Kurt Vile. Peut-être avons-nous fait notre deuil d’une évolution de Dinosaur Jr, et sommes-nous au contraire désormais reconnaissants au groupe de nous offrir cette sécurité d’écoute absolue, et de nous faire croire que le temps ne passe pas et que nous sommes toujours en train de faire découvrir Out There à nos copains de fac ?

Le fait est que There Near a du mal à quitter la platine, synthèse de toutes les qualités pour lesquelles nous aimons ce groupe : énergique, mélodique, jouissif, c’est l’album qu’on n’attendait plus à ce stade de leur carrière. Several Got Away nous fait secouer la tête comme en 1995, et la mélodie de No Friends nous émerveille, avant que le solo de Mascis nous rappelle à quel point il peut être inventif avec sa guitare. On ne peut pas dire que les paroles écrites par Mascis nécessitent généralement une analyse poussée, et ce n’est pas vraiment ce qu’on recherche dans ses compositions. No Friends est pourtant d’une grande lisibilité dans la reconnaissance d’une certaine forme de solitude. Take Me With You est une autre réussite majeure et, là encore, le solo prend aux tripes avec un son dantesque. Gone Off a tout pour devenir imparable en concert, et Mascis n’oublie pas, sur la deuxième partie du disque, de calmer le jeu avec deux titres plus calmes, Walk Me Back et Put It Down, qui démarre avec une guitare estampillée Cortez the Killer.

Une intro, la voix traînante de Mascis, une mélodie identifiable, la guitare omniprésente avec le solo et les quatre minutes réglementaires : on peut résumer ainsi les neuf compositions de Mascis, et on n’arrive pas tout à fait à s’en lasser.

Et puis, bien sûr, il y a l’arme secrète Lou Barlow, qui réserve au dinosaure ses meilleures chansons maintenant que Sebadoh semble en hiatus. Comme toujours, il a droit à ses deux titres et à l’honneur de clôturer l’album avec le plus réussi des deux, No One’s Ready. Le plus notable va résider dans les textes. Barlow a de l’humour et est subtil : il arrive à éviter la charge directe, nominative et ouvertement pamphlétaire, mais ses lignes se comprennent malgré tout sans trop de difficultés : « No one’s ready for your war » (Personne n’est prêt pour ta guerre), par exemple, mais surtout dans Blowin’ Up : « You’re about as dumb as they come / Telling stupid stories everyday » (Tu es à peu près aussi stupide qu’on peut l’être / À raconter des histoires débiles tous les jours), « There’s nothing quite as bad as a bored edgelord » (Il n’y a rien de pire qu’un provocateur désœuvré) ou encore « Someone who loves you should speak up » (Quelqu’un qui t’aime devrait prendre la parole). Ce sont au fond ces deux textes qui, sous leurs airs faussement détachés, replacent ce disque mélodiquement intemporel dans son époque.

Une vraie réussite : pas une révolution, non, mais l’un de ces disques qui rappellent pourquoi on finit toujours, malgré tout, par revenir vers Dinosaur Jr.

Laurent Fegly

Dinosaur Jr – There Near
Label : Jagjaguwar
Date de sortie : 28 août 2026

 

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