Avec Trois adieux, Isabel Coixet filme une femme que la maladie et une rupture conjugale contraignent à réinventer son existence. Porté par l’interprétation bouleversante d’Alba Rohrwacher, ce mélodrame délicatement débarrassé de son pathos explore ce que signifie continuer à vivre quand le temps est désormais compté.

Trois adieux pourrait être considéré comme un complément au Soudain d’Hamaguchi : on y suit le parcours d’une femme confrontée à la maladie, et qui va devoir redéfinir son existence par la violence prise de conscience de sa finitude. Mais là où le metteur en scène japonais accompagnait cette tragique odyssée par un coup de foudre amical, la protagoniste du film d’Isabel Coixet doit composer avec la solitude annoncée par le titre. La rupture conjugale initiale lui permet ainsi de larguer les amarres et de définir une nouvelle existence, où il s’agira, dans une parenthèse fragile, d’expérimenter à nouveau le goût, le geste, le lien, la construction d’un cocon et le regard sur l’extérieur.
Il fallait rien de moins que l’extraordinaire Alba Rohrwacher pour endosser un tel rôle, dans un mélodrame qui décape savamment tout son potentiel pathos. Dans une Rome éloignée des zones touristiques, Marta développe une philosophie de fin de vie, alors que ses désirs, ses appétits et ses projets ne sont pas au diapason d’un tel état d’esprit. Sa quête, largement fondée sur les sens, compose avec un corps qui échappe à ses intentions, et le motif du goût et de la nourriture traverse le récit, dans une reconquête d’un plaisir simple qui pourrait symboliser la saveur de l’existence. Isabel Coixet double cette approche par une mise en scène sensitive, parfois légèrement excessive dans certaines afféteries (souvenirs en super 8, balades en vélo), mais se concentre avant tout sur la présence physique d’Alba Rohrwacher, qui parvient progressivement à se réapproprier des espaces où elle n’existait pas en tant qu’individu. Le très beau thème du lieu qu’on ne peut plus fréquenter après une rupture, évoqué de l’autre côté du couple, matérialise cette conquête d’espaces, mais aussi d’états d’esprit qu’il s’agit de réinvestir pour pouvoir poursuivre son existence, quand bien même on prend la mesure de la vanité d’une telle quête au regard de sa fragilité.
Le temps qu’il reste est donc une forme de victoire modeste sur la fatalité, où l’on ne s’embarrasse plus de la gêne en parlant à une figurine en carton, et au cours duquel le sentiment d’urgence permettra de voir la fragilité des autres, notamment de cette nouvelle génération d’élèves que la prof de sport fréquente au quotidien. Et le troisième adieu sera celui d’une femme qui aura fait de la rupture un cheminement personnel, et non un abandon subi.
« Où va le poids qu’on perd ? Où va l’amour qu’on a reçu et qui n’existe plus ? », se demande Marta. La réponse est limpide : ils habitent les œuvres d’art qui les empêchent de se volatiliser, et aident ceux qui restent, avec le temps qu’il leur reste.
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Sergent Pepper
