Lady W – Jean-Philippe Blondel : sur les traces d’une mystérieuse romancière

En 2005, quatre inconnus partent sur la côte basque débusquer une mystérieuse romancière et bloggeuse  qui se fait appeler Lady W. Jean-Philippe Blondel signe un road trip tendre et mélancolique, mais moins percutant que ses précédents romans.

Jean-Philippe Blondel
© Philippe Matsas

Nous sommes en 2005. Internet commence à s’installer dans les foyers et, peu à peu, blogs et forums envahissent la toile. Chacun y tient son journal intime au vu de tous, raconte sa vie, partage ses coups de cœur ou ses coups de gueule. Des connexions se créent entre les internautes et petit à petit des communautés se forment.

Parmi ces blogueurs, il y a Lady W, une inconnue qui tient un journal en ligne et qui se présente comme une romancière vivant retirée du monde, sur la côte basque. Autour d’elle gravitent quelques lecteurs fidèles, quatre personnages que le roman va suivre tour à tour. Il y a Fabrice, quadragénaire, professeur de français et auteur quelque peu oublié de quatre romans, qui peine à retrouver l’inspiration. Il y a Hélène, divorcée et mère de trois enfants, qui traîne son spleen sur le web. Il y a aussi Kevin, 18 ans, qui rêve de s’installer à Paris, et enfin Chloé, animatrice de radio dont l’émission vient d’être supprimée.

Au fil de leurs échanges en ligne, ces quatre inconnus apprennent à se connaître et décident de se rencontrer. Ils embarquent à bord d’une Peugeot 206 en direction de la côte basque, bien décidés à débusquer Lady W, derrière laquelle ils croient reconnaître une romancière oubliée, Florence Gautier. Commence alors un road trip au cours duquel ces passionnés de littérature vont apprendre à se découvrir et à se livrer, évoquant leurs états d’âme, leurs secrets et la part d’ombre qui sommeille en chacun d’eux.

Avec ce nouveau roman, Jean-Philippe Blondel nous ramène vingt ans en arrière, à la grande époque de la blogosphère, lorsque chacun tentait de se faire une place en marge des médias traditionnels. Facebook, Instagram et TikTok n’existaient pas encore. On pouvait rester anonyme tout en suscitant la curiosité des autres.

Comme souvent chez lui, Blondel évoque le temps qui passe, les vies et les rêves brisés, les rendez-vous manqués, mais aussi la vocation d’écrire et son cortège de désillusions. C’est particulièrement sensible dans le personnage de Fabrice, dans lequel on devine une part autobiographique de l’auteur, un écrivain qui n’a peut-être pas connu le succès espéré, malgré le respect de ses pairs. Un roman plein de tendresse et de mélancolie, qui interroge surtout le droit de s’emparer de l’histoire des autres, brouillant un peu plus la frontière entre fiction et réalité.

Moins abouti que le bouleversant Un été 79, paru en 2025, Lady W n’a pas la même force romanesque. Le dispositif à quatre voix et les intermèdes sous forme de billets de blog finissent par devenir répétitifs sur la longueur, et les personnages se révèlent moins attachants qu’à l’accoutumée, tandis que l’intrigue se montre moins passionnante qu’on aurait pu l’espérer.

Reste la sensibilité de Blondel. Son attention aux petites gens et aux grandes solitudes, sa mélancolie souriante, et ses références à une époque qu’il évoque ici encore avec finesse.

Benoit RICHARD

Lady W
Roman de Jean-Philippe Blondel
Edition Buchet-Chastel
208 pages – 20€
Date de parution : 20 août 2026

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