Deux sortes de papes étaient en tournée ce samedi à Paris : celui des bénitiers et ceux du rock country alternatif, genre unique réservé à CAKE. La bande à John McCrea était de retour pour un premier Olympia teinté de rock californien, de nostalgie, de messages pro-socialisme et de pommier.

Noyés parmi les vagues successives de fans de Leon XIV, heureux détenteurs des codes qui leur ont permis d’accéder à la billetterie pour son Stade de France sold-out (ou était-ce pour Oasis ?), une poignée d’irréductibles fans de guitares, de mariachis et de trompettes se tenaient vaillamment sur le trottoir du boulevard des Capucines. Avec leurs tee-shirts vintages des premières tournées un peu décolorés à force de passage à la machine, les présents sont des fans de CAKE des premières heures. Le groupe californien, toujours mené par John McCrea, continue d’attirer à lui un noyau d’admirateurs fidèles, qui malgré cette très longue traversée du désert s’agissant de nouvelle musique (le dernier album du groupe, Showroom Of Compassion, est sorti en catimini sur leur propre label en 2011), continue de répondre présent aux tournées dans lesquelles le groupe se lance au rythme moyen d’une fois tous les sept ans depuis 2005.
Pour rappel, CAKE est un de ces électrons libres de la scène rock indé américaine qui faisait notre bonheur dans les années 90. Jamais soumis aux pressions d’un quelconque gros label, le groupe a toujours navigué en roue libre, avec des positions politiques ouvertement socialistes et progressistes. Autant dire que depuis les années Clinton, le climat dans lequel ils évoluent s’est de plus en plus dégradé pour la gauche et la démocratie aux États-Unis. Contre vents et marées, CAKE se sont toujours tenus « droits comme des i » en usant de cette fausse nonchalance dans leurs messages drôles mais terriblement bien ciblés contre les dérives de leurs gouvernements successifs.

Musicalement, CAKE ont toujours arpenté le même territoire country rock, teinté de funk par ici, de rock hispanique par-là, l’esprit libre et inventif californien offrant au public français un son qu’on ne retrouve guère dans nos contrées. L’amour que porte la France, et particulièrement Paris, aux membres du groupe, est réel, ce qui rend incontournable le passage par la capitale de CAKE quand ils repartent en tournée. Sept années se sont écoulées depuis leur dernier passage dans la prestigieuse salle Pleyel. Un concert un peu étrange, tant cette salle peu adaptée pour un concert rock « classique » ne convenait guère à la proximité souhaitée entre John McCrea et son public, à qui il ne cesse de s’adresser tout au long des shows.
« An Evening With CAKE », tel est le nom des tournées depuis la fin de leurs pérégrinations sur disques. Ce soir, c’est à un horaire tardif (21h20) et avec un set coupé en deux que nous retrouvons John McCrea, Vince DiFiore, Xan McCurdy, Todd Roper et Daniel McCallum. Air du temps ou aubaine pour le groupe qui n’a jamais aimé les technologies invasives avant même qu’elles ne deviennent intelligentes (pour preuve, réécoutez No Phone sur l’excellent Pressure Chief paru en 2004), il est demandé de ne pas photographier le show, ni de le filmer. Le concert débute avec une très longue introduction musicale sur le thème de Rocky IV, dix minutes qui ont de quoi faire s’impatienter encore un peu plus la salle. Mais tout cela sera vite oublié car la setlist viendra piocher en majorité dans les tous premiers albums, ceux avec lesquels nombre d’entre nous sommes tombés amoureux du groupe durant ces années dominées par le grunge et la Britpop.

Sur scène, postés devant nous, John McCrea avec casquette de bucheron, barbe blanche fournie et tee-shirt mignon avec dessin de chat arborant fièrement paillettes et bandana aux couleurs du drapeau américain, à gauche Vince DiFiore, membre d’origine dont la trompette donne le son si particulier et reconnaissable de CAKE, à droite Xan McCurdy, le guitariste avec casquette et lunettes noires qui, ce soir, se tiendra très en retrait par rapport aux années précédentes. Malgré les discours de John, toujours prompt à introduire les chansons, à soliloquer face au public lorsqu’il se lance dans ses réflexions sociologiques, et à se changer en chef de chorale pour faire chanter la foule, l’atmosphère générale du concert n’est pas des plus énergiques. Le public, bien qu’acquis à leur cause, n’est pas assez réceptif et on regrette un peu les trop longs palabres entre les morceaux qui font retomber la petite dynamique qui peine à s’installer, notamment lors des titres les plus attendus comme Frank Sinatra, Perhaps, Perhaps, Perhaps ou Never There. De même, et peut-être est-ce la conséquence des années qui défilent, certains morceaux sont ralentis et le chant de John s’éloigne un peu trop souvent de la cadence des disques. De quoi troubler les fans, mais sans pour autant briser leur enthousiasme à retrouver les musiciens après ces longues années d’attente.

Le gros point positif du concert est l’excellente setlist qui nous est réservée : que de perles et raretés nous retrouvons, issues des premières œuvres du groupe. Motorcade Of Generosity, premier album paru en 1994 et Fashion Nugget, le plus populaire d’entre eux datant de 1996, fier détenteur des plus gros succès de CAKE tels The Distance, Frank Sinatra et I Will Survive, sont les plus représentés ce soir. Quel plaisir de ré-entendre Mr Mastodon Farm, Rock And Roll Lifestyle, Commanche et I Bombed Korea après toutes ces années, ainsi que quelques raretés des derniers disques comme Meanwhile Rick James, Opera Singer et le génial Sheep Go To Heaven. On passera donc sur le rythme plutôt lent du concert, surtout lorsque cela est pour la bonne cause avec le traditionnel jeu de l’arbre fruitier, ce soir un pommier que l’heureuse bénéficiaire devra gérer difficilement dans le métro parisien afin de le ramener à son domicile.

Ainsi, parmi cette foule qui a en très grande majorité grandi puis vieilli avec les disques de CAKE, on cède volontiers à la nostalgie à l’écoute de ces morceaux que l’on a poncé jusqu’à en rayer nos CDs, et même si nous commençons à sérieusement faire le deuil d’un nouvel album, le groupe n’ayant pas communiqué en sept années sur de quelconques nouvelles compositions, l’amour que nous leur portons ne s’atténuera pas de ci-tôt. Mais l’espoir fait vivre, et le futur que l’on espère plus radieux aux États-Unis dans les années à venir inspirera de nouveau, on l’espère, John McCrea.
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Texte et photos : Laetitia Mavrel
