« Des cœurs battants » de François d’Épenoux : faire renaître un paradis perdu

Sur les bords du lac de Lacanau cerné par la forêt en feu, un homme vieillissant entreprend de reconstruire une guinguette de plage, ancrée dans son passé familial. Une histoire de renaissance placée sous le signe du cinéma et de la solidarité.

Francois depenoux 2026.

À la recherche du temps perdu pour faire renaître « La Joie de Vivre » – au propre comme au figuré – et pour se retrouver soi-même. Quittant Paris « pas par défi, par défaut », Max, un retraité à la soixantaine désenchantée, s’est réfugié loin des siens dans sa maison d’été des Landes, au milieu des pins. « Délesté, dit-il, de toute illusion ». Un livre de photographies anciennes, découvert par hasard, fait renaître en lui le souvenir des moments heureux passés au bord du lac de Lacanau. Et surtout la mémoire d’un lieu disparu qui appartient à l’histoire familiale : une guinguette de plage plantée dans les sables du Bernos, à l’enseigne de « La Joie de Vivre ». Le rendez-vous festif et alcoolisé de la jeunesse locale, où, en juillet 1963, son père avait sympathisé avec Roger Vadim, en plein tournage de Château en Suède.

Des-coeurs-battantsFaire renaître le passé s’apparente pour Max à un travail d’archéologue. Que reste-t-il de « La Joie de Vivre » ? Quelques planches de bois peintes en blanc, des lattes de parquet, une enseigne en ferraille qu’il faut exhumer à grand-peine car, comme on dit, la nature a repris ses droits. Il s’agit pour lui de « reconstruire un rêve » : Max était dans le ventre de sa mère quand son père a rencontré Vadim et il n’a jamais connu la guinguette mythique. Mais, de ce rêve, il fait son paradis perdu. Un paradis auquel il se raccroche, tandis qu’en ce mois de septembre caniculaire, l’enfer des feux de forêts se rapproche dangereusement. Bientôt à ses côtés, Line et Clovis, des voisins et anciens du tournage, Paul, l’ancien moniteur de ski, Niels, son zadiste de fils, et Eve, une campeuse rebelle : à eux six, ils formeront une « Belle Équipe », quatre-vingt-dix ans après celle de Julien Duvivier, faisant de la renaissance de « La Joie de Vivre » une belle histoire d’amitié.

Le roman de François d’Épenoux est une ode à la nature, toujours aussi belle, à ce lac qui a « la placidité des choses qui durent ». Une nature pourtant doublement menacée. Par les promoteurs dont les résidences « bio-conçues » envahissent des endroits jusque-là préservés. Par les incendies dont l’arrivée de particules carbonisées et asphyxiantes témoigne de l’avancée inéluctable. Reconstruire « La Joie de Vivre » apparaît ainsi comme un acte de résistance à la folie des hommes, une façon de « repeindre en bleu le ciel noirci » pour « se bâtir un espoir ». La guinguette retrouvée sera un refuge éphémère contre la violence du monde en même temps qu’une façon de se réconcilier avec lui par le partage et la solidarité des coeurs battant à l’unisson. Un récit en forme de conte doux-amer, placé sous le signe du cinéma, où la réinvention éphémère d’un lieu disparu marquera la renaissance d’un homme fatigué.

Anne Randon

Des cœurs battants
Roman de François d’Épenoux
Éditions Mazarine
328 pages – 21,90€
Date de parution : le 9 septembre 2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.