Victime l’an dernier d’un sévère AVC en plein enregistrement de l’album, le britannique Michael Kiwanuka publie FUDGE en guise de thérapie. Une soul magnétique, contemplative, teintée de folk et de blues psyché, pour son disque le plus intime et personnel.

Voilà plus de quinze ans désormais que le nom de Michael Kiwanuka sonne comme l’un des plus magnétiques de la scène soul, lui le garçon discret de la banlieue de Londres devenu artiste à succès au fil d’une discographie toujours plus riche et soyeuse. Love & Hate en 2016 l’installait dans la case « Charts » en même temps qu’il lui ouvrait de nouvelles portes (Cold Little Heart deviendra le générique de la série Big Little Lies) puis le très beau Kiwanuka le consacrait du prestigieux Mercury Prize trois ans plus tard, coup de tampon/adoubement artistique chez nos amis britanniques.
Et chaque nouvelle sortie est l’occasion de replonger avec plaisir dans ces ambiances cotonneuses et se savoure comme une boite de Quality Street. Peu importe sur quel chocolat va-t-on tomber, il se dégustera avec la même gourmandise. Une carrière synonyme de long fleuve tranquille, d’un périple musical linéaire sans fausse route. Pourtant, ce bonheur paisible va être confronté aux aléas les plus sombres de la vie, quand la réalité vient nous rattraper. L’an passé, en pleine tournée de son excellent Small Changes et alors qu’il enregistre ce qui est aujourd’hui FUDGE, son nouveau projet, Michael Kiwanuka est victime d’un sévère AVC dont il porte encore des séquelles aujourd’hui, toujours convalescent.
Ce cinquième album résonne logiquement d’une manière un peu particulière eu égard du contexte et se démarque de ses prédécesseurs artistiquement également puisque pour la première fois, le londonien d’origine ougandaise se charge lui même de confectionner les compositions, accompagné par son band live. Exit ici les habituels collaborateurs, les excellents INFLO et Danger Mouse, ce qui confère à l’opus un relief encore plus personnel et introspectif sur le chemin thérapeutique. En ressort un côté artisanal assumé, détectable immédiatement dans les textures et dans le mastering, dépouillé la plupart du temps des grandes envolées et des rondeurs d’ordinaire présentes. C’est un bel album, doux, délicat, enregistré avec cette patine chaleureuse où la voix de Kiwanuka, toujours ce murmure velouté plein d’émotion, s’y pose sans forcer (se laisser bercer par You Sent Me Flying).
Il se dégage une atmosphère plus roots, parfois même folk, notamment sur la première partie du disque, ponctuée ci et là de quelques cordes. Des titres très contemplatifs, aérés toujours plaisants mais auxquels ils manquent peut-être un peu de chair et de magie. Que l’on retrouve avec joie dans une seconde moitié plus blues, psyché et groovy, avec de longues plages absolument splendides (Love in My Heart ou Steve’s Paradise) où les effets de guitares plaintifs (Stars) trouvent un écho touchant dans l’exercice de guérison par la musique. Pas question pour autant de sombrer dans la dépression, un morceau comme Sing porte en lui autant d’espoir que d’énergie solaire et vient rappeler la capacité de son auteur à savoir créer des petits tubes cachés.
FUDGE est sans doute l’album le plus libre de Michael Kiwanuka. Celui où il se découvre, se livre, où il est le plus à nu. Et quand on connaît le répertoire du garçon jusqu’ici, c’est dire l’émotion que dégage l’heure d’écoute ci-présente. Profitons-en, on ne sait pas quand ni même si l’ami reviendra de sitôt.
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Alexandre De Freitas
