Retour de Na Hong-jin dix ans après The Strangers, Hope est un film de monstre aussi plaisant dans l’action que bancal dans son écriture.

Hope marque le retour après une longue absence de Na Hong-jin, figure de premier plan de la vague des cinéastes de genre révélés par le boom de l’industrie cinématographique coréenne des années 2000. Un retour avec le film le plus cher de l’histoire du cinéma coréen, pensé comme l’épisode inaugural d’une franchise. Un film dont la présence en compétition cannoise pouvait incarner une « compensation » de l’absence sur la Croisette de grosses productions américaines.
Le cinéaste avait débuté sa filmographie avec The Chaser, dont la très regardable deuxième partie souffrait un peu de la comparaison avec une ouverture bijou de suspense hitchcockien. Suivit The Murderer, en partie victime sur la longueur de sa surenchère. Avec The Strangers, le cinéaste offrait son film le plus tenu sur la longueur… même s’il ne semblait pas savoir comment le conclure. Ce qui donnait beaucoup d’espoir pour son passage à un gros budget.
Ko Bum-seok (Hwang Jung-min) est le chef de la police de Hope Harbor, un petit village situé près de la zone coréenne démilitarisée et peuplé essentiellement de personnes âgées. Son cousin éloigné, Ko Sung-ki (Zo In-sung), lui demande d’examiner une vache morte, qui présente des plaies béantes. Sung-ki et ses compagnons chasseurs pensent qu’il s’agit de l’œuvre d’un tigre errant, mais ils découvrent bientôt d’autres bovins morts, ainsi que le propriétaire de l’exploitation, lui aussi sans vie.
Hope démarre en trombe avec une première heure tendue comme un arc. Montage serré, excellente gestion de l’espace, western urbain flingue en main ou sur roues, film de menance invisible, ruptures de tons comiques, action avec addition de grotesque et de jurons. Non sans quelques fusils de Tchékov posés pour la suite. Le film semble fini… avant d’enclencher un laborieux redémarrage.
D’un point de vue rythmique, le film se calme à la fin de son premier acte. L’abandon de l’action s’accompagne de problèmes d’écriture scénaristique. Quand le film était dans l’action pure, le caractère ridicule sans être attachant des personnages n’était pas un problème. Avec le calme apparent, il rend difficile l’implication et fait regretter un The Host qui savait jouer sur les deux tableaux.
Les récits parallèles développés ne passionnent pas, à l’image d’un passage pas drôle jouant sur l’humour scatologique. Le scénario est surtout bordélique dans sa manière de faire se croiser les récits, les personnages. Le film finit heureusement par renouer avec l’action et convainc de nouveau en réappuyant sur l’accélérateur, même si les jurons des répliques lassent un peu sur la durée. Il faiblit hélas très près de la fin en voulant poser les bases d’une suite. Une suite qui a peu de chances d’exister au vu du flop du film à domicile.
Dans Hope, on fait beaucoup demi-tour volant en main, à l’image d’un film fait de ruptures narratives, de ton et de rythme. Mais ces demi-tours aboutissent à un film bancal, un film qui tel bien des blockbusters hollywoodiens récents ressemble à un long prologue de l’épisode suivant.
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Ordell Robbie
