[Live Review] The Boo Radleys et Pop Crimes au Trabendo (Paris) : une renaissance confirmée

Presque un an jour pour jour après leur dernier concert parisien à la Maroquinerie, les Boo Radleys reviennent sans rejouer la même soirée. Des tubes, certes, mais aussi des raretés et de nouveaux morceaux : au Trabendo, leur retour au premier plan se conjugue au présent.

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The Boo Radleys au Trabendo – Photo : Laetitia Mavrel

Cette fois, il n’y a plus de doute, les Boo Radleys sont en train de s’offrir une seconde carrière que pas grand monde n’avait vue venir. Le groupe s’est séparé en 1999, quelques mois après la sortie de l’album Kingsize, et s’est reformé plus de 20 ans après, en 2021, sans que son guitariste et compositeur Martin Carr soit de l’aventure. La formation actuelle réunit les trois membres originaux Simon « Sice » Rowbottom au chant et à la guitare, Tim Brown à la basse et Rob Cieka à la batterie.

Nous avons laissé le groupe il y a tout juste un an, après un concert « best of » à la Maroquinerie très réussi, au cours duquel il avait peu exploré les deux albums récents, Keep On With Falling (2022) et Eight (2023). Un an plus tard, la situation a quelque peu évolué, avec un nouveau disque très réussi, In Spite of Everything (2026), un groupe qui a pris confiance en ses nouvelles capacités, et une nouvelle tournée qui fait la part belle à la prise de risque. La date parisienne est au Trabendo, et il serait criminel de rater cela.

Pop Crimes, Paris 27/10/26En première partie, nous avons Pop Crimes. Le quatuor parisien réunit Romain et Nico aux guitares et au chant, Morgane à la batterie et Quentin à la basse et aux chœurs, et s’est fait remarquer avec un premier album, Gathered Together, paru en novembre 2023. Ils ont depuis publié un deuxième album, Bright Lights, sorti le 24 avril 2026. Pour situer leur univers, ils nous avaient précisé leur sélection de disques préférés il y a quelques années : The Organ, les Strokes, Yo La Tengo, mais également les Dogs, auxquels ils empruntent le chant en anglais. Des goûts éclectiques pour un son tourné vers les guitares. Pop Crimes a la chance de faire beaucoup de dates avec les Boo Radleys, ce qui va leur permettre d’augmenter leur visibilité. Leur set pioche allègrement dans le nouvel album, même si nous avons particulièrement apprécié No More Cryin’, tiré du premier. En live, le son du groupe est nettement plus dur que sur disque, et les deux guitaristes se livrent totalement, jusqu’au final sur I Wish I Could Say I Saved You But Did I Really?. C’est énergique, carré, efficace, mais si on joue au jeu des comparaisons avec, au hasard, Last Train, il leur manque la touche d’émotion que l’on peut ressentir en écoutant The Big Picture, et nous avons eu du mal à détacher un titre plus qu’un autre. Quarante minutes agréables pour un groupe techniquement parfait, auquel il manque juste des compositions plus marquantes. Nous prenons rendez-vous, car le potentiel est clairement là.

The Boo Radleys 27.10.26 24-221 h : les Boos sont là et, de façon surprenante, nous pouvons nous déplacer dans la fosse ; le Trabendo n’est pas complet. C’mon Kids, balancé direct pour notre plus grand bonheur, annonce la couleur : le son est parfait, le groupe en place, et cette soirée ne sera pas une redite de celle de l’année dernière. Le trio historique est complété par Louis Smith, qui a la lourde tâche de tenir le rôle de Martin Carr à la guitare, et par un formidable Nick Etwell aux claviers et surtout à la trompette. Pendant 1 h 30, Sice s’avère un maître de cérémonie aussi à l’aise qu’à la Maroquinerie. Il introduit tous les titres en citant les albums, affiche une grande complicité avec Tim Brown, nous incite à aller au merch où sa fille officie et nous parle de son amour pour la France… Il vit sa meilleure vie en ce moment, Sice : un bon album à défendre, un back catalogue en béton armé et un excellent groupe de scène.

Surtout, les Boo Radleys ont imaginé une setlist bien gonflée. Certains titres ne peuvent décemment être oubliés, de peur de sortir avec le goudron et les plumes, mais les fans ultimes ont aussi droit aux détours : Everything’s Alright Forever, leur deuxième album et le premier pour Creation, avec Lazy Day, attendue, et surtout Spaniard ! Plus ancien encore, le EP Every Heaven fournit un formidable The Finest Kiss. Ils ressuscitent également Oh Brother, un morceau que je ne connaissais pas, publié en 1995 sur une compilation au profit de War Child. Je ne m’attendais pas non plus à cette interprétation de Comb Your Hair, tirée d’un Kingsize qu’il faut réévaluer.

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Le nouvel album est, quant à lui, représenté par le nouveau single King Budgie, Living Is Easy et surtout le jouissif Bring Them Back Again, et Eight par le speed How Was I to Know, introduit par Sice comme un titre peut-être un peu trop rapide pour des vieux comme eux. Il se sous-estime, Sice, et son groupe sera impeccable sur ce titre également. Il faut dire que Louis Smith est un excellent guitariste qui va nous gratifier d’un superbe solo bluesy sur From the Bench at Belvidere. Quelle superbe version, avec Rob Cieka dans les chœurs et la trompette de Nick Etwell ! Ce dernier sera primordial lors du set, et notamment sur l’acclamé Find the Answer Within et Spaniard. Vous l’aurez compris, nous sommes loin du concert prévisible et gagné d’avance qui aurait consisté en une abondance d’extraits des deux albums les plus connus, Wake Up! (rassurez-vous, Wake Up Boo! en était) et Giant Steps.

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Malgré tout, il aurait été dommage de ne pas profiter des chefs-d’œuvre absolus de ce dernier disque, définitivement marqueur d’une époque : Barney (…and Me) est une formidable madeleine, Wish I Was Skinny est la perfection pop absolue, avec cette mélancolie qui affleure sous la douceur des mélodies, et I Hang Suspended rappelle à quel point les Boos savent marier guitares saturées et évidence pop. Alors oui, il manque ma petite préférée, Upon 9th and Fairchild, mais je ne leur en veux qu’un tout petit peu, d’autant plus que le final est parfait : What’s in the Box? (See Whatcha Got) est à la fois funky, psychédélique et totalement barré, et enfin, Lazarus a droit au traitement de choc avec la trompette et la guitare saturée en contrepoint de la voix angélique de Sice. C’est leur hymne, le morceau emblématique de Martin Carr, qui y a marié sa passion des Beach Boys et du larsen. Son seul défaut est que, dès les premières notes, nous comprenons qu’il va forcément boucler la soirée.

Les Boo Radleys auraient pu se contenter de faire tourner la machine à souvenirs. Au Trabendo, ils ont préféré défendre le présent sans rien renier de leur passé, avec une liberté et un plaisir de jouer qui font toute la différence. On était venu retrouver un groupe aimé ; on repart avec l’envie de savoir ce qu’il nous réserve encore. Merci les amis, vous serez toujours les bienvenus à Paris !

Pop Crimes :
The Boo Radleys :

Laurent Fegly
Photos : Laetitia Mavrel

The Boo Radleys et Pop Crimes au Trabendo
Producteur : Take me Out
Date : 27 octobre 2026

Leurs derniers disques :

Pop Crimes – Bright Lights
Label : Howlin’ Banana Records / Les Disques du Paradis
Date de sortie : 24 avril 2026

 

 

 

 

The Boo Radleys – In Spite of Everything
Label : BooSTR Records
Date de sortie : 1er mai 2026

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