Alors que les annulations pleuvent sur l’affiche du Pitchfork Music Festival Paris, l’étoile de DIIV brille de mille feux dans la programmation. Les Américains fraichement papas d’un cinquième album intitulé ZIRP! nous font l’honneur d’un concert exceptionnel en petit comité, serrés comme des sardines au Badaboum à Bastille. Un joli privilège accordé par ce groupe qui ne cesse de monter en puissance années après années.

La soirée est sombre, froide et humide. Nous voilà à l’entrée de ce désert hostile dans le calendrier qui va nous mener aux fêtes de Noël et à leur agitation tant redoutée. Le moment est donc opportun pour se plonger dans le nouvel album de DIIV (elle était facile, sauf si vous ne parlez pas un mot d’anglais), le groupe new-yorkais qui revient en force avec ce qu’il considère comme son album pop. Le style certes est un peu plus accessible, mais tout aussi pointu que celui de ses prédécesseurs, on n’ose imaginer si les garçons se lançaient dans le post-punk ou le métal !

ZIRP! est de nouveau un disque à l’imagerie axée sur les Etats-Unis et leur dérive capitaliste, ainsi que sur l’Armageddon de l’Intelligence Artificielle qui nous pend au nez. Il nous dévoile quatre jeunes hommes qui touchent du doigt la maturité. Les membres du groupe revenus de leurs nombreux excès en tout genre, notamment ceux de Zachary Cole-Smith, ont pris le droit chemin qui sied particulièrement bien à leur son et surtout à leurs prestations scéniques.
Notre précédent rendez-vous parisien s’est tenu au Bataclan en novembre 2024, ce dernier à peine huit mois à la suite d’un Trianon déjà plein à craquer. DIIV aime venir à la rencontre de son public, et même s’il n’est pas reconnu pour le jeu de scène extraverti de ses musiciens, la générosité du groupe envers ses fans européens fait vraiment plaisir à voir. Ce soir, le Pitchfork Music Festival a tiré le gros lot en proposant ce concert exclusif dans une si petite salle. Les fans n’ont pas trainé pour dévaliser la billetterie dès sa mise en vente, c’est donc dans un club rempli que le groupe va proposer un set qui présente quelques nouveaux morceaux… Et pour le reste, nous balader dans sa discographie, en favorisant son plus gros succès à ce jour, Deceiver.
Pas de première partie, ce concert n’est pas un concert comme les autres. Dès 20h30, le groupe entre sur scène, et c’est parti pour une heure et dix minutes de rock shoegaze organique, puissant, hypnotisant. En rang d’oignons sur le devant de la scène, Colin Caulfield à la basse, Andrew Bailey à la guitare et Zachary Cole-Smith à la guitare et au chant, avec derrière eux Ben Newman à la batterie. Tous ont revêtu les costumes cravates qui définissent l’univers de ZIRP!, mais cela n’entrave en rien l’énergie de leurs morceaux transcendants. Le set est ultra carré, un ou deux remerciements viennent à peine interrompre le show qui défile. Aucune parole superflue, aucuns gestes ni postures extraverties, les garçons sont comme dans une bulle, pris eux-mêmes dans l’intensité de leur musique. Le public suit, à grandes vagues de headbanging, la cadence militaire des morceaux de DIIV, les yeux sont bien souvent fermés, et tout le monde se laisse immerger dans le flow.

Les nouveaux morceaux issus de ZIRP! rendent très bien en live. Cet album étant ouvert sur un rock plus affirmé, leur interprétation est à la hauteur du rendu du disque. L’énergie est réelle, et la semi-pénombre qui environne le groupe est entrecoupée de flash blancs aveuglants, créant une sensation presque oppressante. Le chant de Zachary est toujours aussi doux et caressant, et il le laisse allégrement se fracasser sur les guitares rageuses et sur la basse lourde. On retrouve évidement ce qui est devenu le top singles de DIIV, tout d’abord avec Frog In Boiling Water et Soul-net du précédent disque, puis une belle série d’extraits de Deceiver, album marquant la renaissance des membres du groupe, entre Horsehead, Taker et le final explosif sur Archeron et Blankenship. Is This The Are et ses titres plus shoegaze comme Dopamine et Under The Sun rappellent les premiers essais plus expérimentaux. Toute la salle est sous le charme particulier des Américains, et la petite heure en leur présence nous parait presque déjà trop éprouvante.

Cette première soirée du Pitchfork Music Festival à Paris a probablement déjà proposé le meilleur de sa programmation 2026, il sera par la suite difficile d’atteindre le niveau de l’incroyable prestation de DIIV ce soir. L’Olympia de Paris ainsi que leur passage à Lille, Renne et Lyon en avril prochain sont donc déjà très attendus.
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Laetitia Mavrel (texte et photos)
DIIV au Badaboum (Paris) dans le cadre du Pitchfork Music Festival
Production : Super!
Date : lundi 02 novembre 2026
Leur dernier disque :
DIIV – ZIRP!
Label : Fantasy Recordings
Date de parution : 30 Octobre 2026
