Hahaha

Chouchou des festivals à  travers le monde (Rotterdam, Vancouver puis Cannes et Berlin), le sud-coréen Hong Sangsoo construit film après film une oeuvre centrée sur les relations conflictuelles à  l’intérieur du couple et le malaise de ses jeunes contemporains. Souvent minimaliste, privilégiant les longs plans fixes, la singularité du travail du réalisateur de Turning Gate passe aussi par la primauté donnée au dialogue, à  l’importance des mots et les motifs récurrents de l’alcool et du sexe – même si ce dernier est toujours saisi avec pudeur. Hahaha, son dernier opus, n’échappe pas à  la règle. On y retrouve les mêmes personnages, jeunes et intelligents, en proie aux affres des ravages de l’amour, du doute et de l’indécision.

Chez Hong Sangsoo, les personnages exercent des métiers qui ont rapport avec le cinéma, : ainsi les deux amis qui conversent et échangent leurs souvenirs et leurs expériences sont-ils dans Hahaha réalisateur pour l’un (émigré au Canada de retour en Corée du Sud) et critique pour l’autre. Mais leurs conversations copieusement arrosées de rasades d’alcool ne portent pas tant sur l’art qui les réunit que sur la force des sentiments et leur vision des femmes. Si cette thématique, une fois encore, n’est guère nouvelle chez Hong Sangsoo, elle s’accompagne ici d’un dispositif plus sophistiqué articulé autour de la mise en abyme, de la juxtaposition de trajectoires qui se frôlent, se côtoient ou se recoupent, semant une agréable confusion pour le spectateur. Cette orientation ludique et malicieuse désarçonne comme elle tempère la mélancolie tenace qui étreint les hommes du film, alors que les femmes semblent moins velléitaires, plus promptes à  prendre leur destin en main et à  opérer les choix nécessaires (quitter un petit ami, par exemple). Le cinéma de Hong Sangsoo se caractérise également par l’absence de toute explication, de mise en situation des personnages. l’environnement (métier, amis, habitat) ne sert en définitive que de simple contexte pour mettre en relief les tourments bien réels exposés et analysés sans fin lors de très longues conversations qui se terminent en général en soûlographies. On sait aussi combien l’ivresse chez le cinéaste confine à  l’art de vivre, ou plus exactement au seul recours envisageable pour fuir quelques instants la dure réalité. Sous ses dehors bavards et en apparence frivoles, l’oeuvre de Hong Sangsoo révèle en creux désarroi et mal-être.

Une alchimie parfaitement réussie entre légèreté et grâce, qui produit des moments de pur bonheur, inattendu et imprévisible, tout en parvenant à  rendre accessibles et lisibles des enchevêtrements sinueux et complexes. Cette apparente facilité, fruit d’une construction minutieuse et expression d’un talent qui ne cesse de s’affirmer, séduit et enchante. On quitte la salle ravis et ragaillardis.

Patrick Braganti

Hahaha
Comédie dramatique sud-coréenne de Hong Sangsoo
Durée : 1h56
Sortie : 13 Mars 2011
Avec Kim Sang-Kyung, Moon So-ri, Jun Sang-yu,…

La bande-annonce :

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